La radio publique en plein capitalisme de surveillance

Comme beaucoup d’internautes, j’écoute des podcasts. Plein de podcasts en fait, de tous les styles. J’aime beaucoup les émissions de Radio France (Inter, Culture notamment). Et j’ai donc toujours utilisé un logiciel de podcast pour m’abonner à mes émissions préférées et les écouter.

Mais ça, c’était avant que Radio France ne morde dans la pomme du capitalisme de surveillance, verrouille ses podcasts et force la consommation par ses canaux (site web et application) bourrés de traceurs. Un scandale, car on parle ici d’un service public payé par nos impôts, qui ne se contente pas de compléter son modèle économique par de la publicité (discutable, mais entendable), mais se complait dans les pires techniques des géants du numérique. Démonstration en trois actes.

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Au revoir Twitter

Ça y est. J’ai décidé de quitter Twitter. Je vous arrête tout de suite, ce n’est pas une décision prise sur un « coup de tête », parce que Elon Musk a fini par « libérer l’oiseau »1. Mais la concrétisation d’une réflexion qui a duré plus d’un an2, et s’est matérialisée par la mise en place il y a six mois d’une stratégie3 visant à réduire progressivement ma dépendance.

J’ai déjà exposé les raisons de mon départ dans les deux précédents articles cités à l’instant, et elles n’ont pas changé. La concrétisation de l’achat de Twitter par Musk agit comme une étincelle, la goutte d’eau qui fait déborder le vase, ou simplement comme un prétexte. Choisissez celui que vous préférez. Peu importe, car les symboles, je crois que cela compte. C’est aussi un geste politique, contre une énième escalade dans la privatisation de l’espace public numérique. C’est enfin une opportunité de fissurer de nouveau le mur de l’effet réseau4, pour créer une ouverture vers des alternatives numériques plus conviviales, décentralisées et démocratiques. Comme Mastodon et les autres logiciels du Fédivers.

Même si je n’ai jamais adoré Twitter, le quitter n’est pourtant pas un choix facile ou anodin. Je vais rapidement en exposer les raisons. Puis partager avec vous les arguments, plus nombreux, qui me convainquent que c’est la seule chose à faire.

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Apple devient une entreprise publicitaire

C’est une petite musique que j’entends depuis quelques temps maintenant. D’ailleurs, j’en avais un peu parlé ici1. Dans un contexte de crises multiples (environnementale, géopolitique, commerciale), Apple essaye d’anticiper la fin de l’âge d’or des smartphones2 qu’on renouvelait sagement tous les deux ans. 40 milliards de dollars sur un seul trimestre de 20223. Difficile de remplacer une telle vache à lait…

Apple se lance donc dans la publicité, et pas qu’un peu, peut-on lire ici et là4. Cela a du sens, pourrait-on dire, pour une entreprise capitaliste dont le but est de dégager du profit. Mais, cela se fera au détriment des utilisateurs, qui vont découvrir un nouveau géant dépendant en partie (croissante) de la publicité et des services. Donc de l’économie de l’attention et du capitalisme de surveillance. Apple pourra toujours clamer ses bonnes intentions (on sait qu’ils sont très forts pour cela), elle ne pourra pas masquer ou contourner la réalité de son modèle économique. Aucune entreprise ne le peut.

Je suis personnellement bien content d’avoir quitté le navire5. Apple est un écosystème fermé, privateur, qui a une tendance naturelle à créer de l’enfermement progressif plus que de l’ouverture. Plus vous restez, plus il sera dur de partir. Je le sais d’expérience. À vous de voir maintenant si vous vous y retrouvez ou si vous souhaitez découvrir des alternatives.

Photo à la une de Maria Teneva sur Unsplash

Le métavers et les limites de la substitution synchrone

Les articles1 se multiplient pour pointer les difficultés de Mark Zuckenberg pour faire adhérer, ne serait-ce que ses propres employés, au métavers. Au-delà du fait que ce monde virtuel est pour moi un concept, une infrastructure et une idée qu’il faut boycotter, je pense sincèrement qu’il ne peut pas remporter l’adhésion massive du grand public.

Pourquoi ? Parce que toutes les études sociologiques2 qui étudient Internet et les réseaux sociaux montrent que les réseaux numériques ne se substituent jamais totalement aux rapports sociaux synchrones3, ils les complètent ou les amplifient. Concrètement, les gens continuent de se voir pour jouer dehors, aller boire un verre, voir un concert. Et ils communiquent (intensément) en asynchrone4 quand ils ne sont pas ensemble.

Or le métavers propose une expérience virtuelle exclusivement synchrone. Et c’est pourquoi je ne crois pas que cela puisse vraiment intéresser le grand public. À choisir, il préférera le monde original à sa copie.

Too BAAD #1 : Comment Google pourait faire mieux (s’il le voulait vraiment) ?

Je me lance dans une petite série d’articles fiction, où je vais imaginer ce que pourraient changer certains géants du numérique s’ils voulaient vraiment, comme ils le disent souvent, « rendre le monde meilleur1 ». Et arrêter d’être aussi « BAAD2 ».

Je commence avec un gros morceau, Google/Alphabet. Pour rappel, Alphabet (la société mère de Google), ce n’est pas que Google Search (oh non !), c’est aussi Youtube, Google Maps (et Waze), Google Mail, Google Drive, Google Photos, et bien sûr Android. Mais aussi Google X (le labo secret), beaucoup de boites dans l’IA (Deepmind) et les biotech (Calico), notamment. Je m’en tiendrai à l’écosystème de Google et des services web, dans cet article. Cela reste la cash machine de Alphabet et c’est dans cet écosystème que se concentrent les critiques.

Alors, que pourrait faire Google s’il était vraiment attentif, comme il le dit, à la santé du monde ? Et s’il voulait réellement éviter « d’être le mal3 » ?

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Encourager la sérendipité et la curiosité – mise en pratique sur mon site

Je l’avais écrit dans un article1 : je crois que pour revenir aux promesses initiales d’Internet et du web, il nous faut être (beaucoup) plus curieux.

La sérendipité, selon Merton, consiste dans « la découverte par chance ou sagacité de résultats que l’on ne cherchait pas ». C’est joliment dit, je trouve. À la recherche rapide d’une réponse à sa question, la navigation sur le web (notez la sémantique du voyage maritime !) consisterait plutôt en une exploration.

Je promeus donc systématiquement dans mes interventions ces deux qualités : sérendipité et curiosité. Les applications concrètes se trouvent par milliers : faire ses recherches sur plusieurs moteurs de recherche. Dépasser les 3 premiers résultats proposés (60% des internautes cliquent sur ces 3 premiers résultats). Chercher autrement, par « sauts de clics » par exemple sur Wikipedia. Une fois sur un site web, se renseigner sur l’auteur, sur d’autres sites qu’il recommande. Pour sa musique, varier les sources entre streaming, radio, conseils d’amis, etc.

Il y a des tonnes d’applications. Et voici quelques petites choses que j’ai mises en place sur ce site.

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Ne jouons pas le jeu du Métavers, boycottons-le !

Hier, je réagissais sur le ton de la plaisanterie à la tenue d’une table ronde dont le titre m’a… intrigué. Ce n’est pas vrai, j’ai failli (encore) m’étouffer. La table ronde : « Comment créer des métavers responsables ». Si j’ai adopté de prime abord le ton de la plaisanterie, je ne trouve en réalité pas cela très drôle. Je constate comme beaucoup que le métavers devient progressivement une réalité dans les esprits au fur et à mesure qu’on lui accorde une place croissante dans nos échanges, nos réflexions et surtout, nos investissements (privés ou publics).

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Ludovia #19 : en attendant un numérique éthique et sobre

Cette année, j’ai été invité à contribuer à l’édition #19 de Ludovia, qui proposait un thème important pour moi. Au-delà des termes d’éthique et de sobriété qui peuvent toujours être questionnés, il y avait la dimension, plus fondamentale, de notre rapport aux technologies numériques. De l’évolution de nos imaginaires, et de notre volonté de construire un monde, non seulement soutenable, mais aussi désirable. Un grand bravo aux organisateurices d’avoir osé un tel thème.

J’ai donc eu le plaisir d’animer la table ronde du thème de l’année, que vous pouvez (re)visionner1. J’ai également été chargé de proposer une synthèse avec l’illustrateur Eric, alias Cirebox (voir son site). Pendant deux jours, nous avons pu doubler notre capacité d’écoute, croiser nos regards et produire une synthèse dessinée, la première de Ludovia. En voici les sous-titres, suivis de quelques remarques personnelles.

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Calculer ou partager ?

En lisant le hors-série de l’Obs sur les penseurs de l’écologie (lisez-le !), un passage m’a particulièrement marqué. Il s’agit d’un article qui explique comment, en 1896, Svante Arrhenius avait déjà compris le lien entre émission de CO2 et réchauffement du climat. Tout ça sans nos prodigieux outils modernes permettant de capter et traiter des données.

Bien avant le GIEC, Svante Arrhenius livre même une estimation précise de ce qui nous attend : il calcule qu’un doublement de la quantité de C02 dans l’air provoquera un réchauffement planétaire d’environ cinq degrés. Bien qu’erronée, sa prévision impressionne encore les climatologues. L’ordre de grandeur qu’Arrhenius propose n’est pas si mauvais, alors qu’il ne disposait pas des puissants et sophistiqués outils de calcul contemporains.

Le pionnier du réchauffement, par Sébastien Billard dans le hors-série de l’Obs

En lisant ça, je me suis dit que les données et l’informatisation du monde nous menaient vers des situations ridicules. Rapport du GIEC après rapport du GIEC, nous allons littéralement mourir de chaud, tout en croulant sous des données toujours plus précises nous alertant du réchauffement climatique et ses causes…

Bref, je me demande s’il ne faut pas commencer à mettre plus de moyens et d’énergie sur le fait de partager ce que l’on sait déjà. Parce qu’une chose est certaine, le problème du réchauffement climatique (et de l’extinction de la vie), ce n’est pas l’absence de donnée. Ce n’est pas non plus une incapacité à traiter ces données. Le problème actuel, c’est notre incapacité à créer et à partager un imaginaire alternatif au futur vers lequel nous fonçons tout droit.

Des bracelets connectés pour faire bouger les collégiens sarthois

J’ai failli m’étrangler en apprenant, par les hasards de ma veille, qu’un bracelet connecté était testé sur les collèges sarthois, pour les « inciter à se dépenser davantage »1.

Depuis, l’affaire a suscité (légitimement) une opposition franche et composite, et le projet est à l’arrêt. Pour que cette situation navrante soit utile à d’autres décideurs, je souhaiterais rapidement revenir sur les principales raisons qui, selon moi, rendent cette initiative délétère. On peut en discuter dans les commentaires.

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