Le défi d'éduquer à un numérique acceptable - rediffusion du 3 juin 2026

Près de 300 inscrit·es et 146 participant·es en direct. Merci beaucoup pour votre intérêt pour ce beau défi qu'est l'éducation technocritique au numérique. Comme promis, voici la rediffusion du webinaire qui s'est tenu le 3 juin 2026 entre 17h et 19h. Bon visionnage !
Première partie - Conférence et présentation des ressources
Partage des présentations :
- Conférence Louis Derrac - Référentiel numérique acceptable
- Présentation PhoneImpact / INRIA - Site PhoneImpact
- Présentation Future of Tech / Latitudes - Site Future Of Tech
- Présentation Métacartes - Site Métacartes
Seconde partie - Temps d'échange
Je partage également la partie du temps d'échange. Vous le constaterez, ce n'était pas aussi dynamique que je l'espérais, il y a clairement d'autres formats à trouver pour susciter plus de participation. Le chat a en revanche fourmillé pendant tout le webinaire, je vous en propose un florilège plus bas.
Venez échanger avec la communauté Resnumerica, sur Framateam
Pour continuer d'échanger, rendez-vous sur le Framateam de la communauté Resnumerica, une communauté créée en 2022 et qui a pour objet « de regrouper des acteurices qui œuvrent dans le champ de l’éducation au numérique tout au long de la vie. Elle défend l’idée d’une éducation populaire, technocritique et émancipatrice de la chose numérique. Elle constitue une communauté de pratiques, de réflexions, d’idées, en soutien à son écosystème. »
Bonus : ce qui s'est dit et partagé dans le chat
38 messages échangés, 87 participant·es actifs dans le chat, 31 ressources partagées (bibliographie spontanée), 47 messages en réponse directe (logique pair-à-pair). Bref, le chat a été une très bonne surprise du webinaire ! Petit florilège des messages, parfois légèrement abrégés pour un meilleur confort de lecture.
Éduquer ou transmettre ?
Éduquer, c’est créer des conditions d’apprentissage dans lesquelles l’éduqué va lui-même tirer ses conclusions. Transmettre, c’est donner de l’information — mais comme le dit Philippe Meirieu, c’est souvent « je vous demande de croire que ce que je dis est vrai ». Et c’est le mur auquel on se confronte quand on arrive avec un message à transmettre.
Éduquer = créer les conditions d’un apprentissage. Instruire = transmettre de la connaissance. Change my mind.
Éduquer implique donc de créer un contexte d’apprentissage, du vécu conscientisé et accompagné.
Pour ma part, en écoutant le public. Pas en lui expliquant, mais en l’écoutant. Les besoins vont s’exprimer à un moment.
« Les gens ne viennent pas » : la question de la mobilisation
Ces interventions sont très intéressantes, mais il me semble que ça ne répond pas exactement aux problèmes plus « urgents » rencontrés par les usagers. Éduquer et imaginer un autre numérique, ok, mais si les personnes ne cherchent pas à se former, à quoi peuvent servir ces outils présentés ?
Les publics rechignent à s’engager dans des parcours d’apprentissage du numérique : ils ne viennent pas aux ateliers, ils veulent une aide ponctuelle, dans l’urgence. Alors, les conseillers numériques ont-ils vraiment leur place ? Les gens veulent-ils vraiment comprendre ? (vécu, mais aussi volontairement provocateur)
Dans les milieux d’éducation populaire, dans les ateliers de la CAF ou des structures d’accompagnement, on nous dit : « les gens ne viennent pas ».
Ce n’est pas un problème de com’, on évoque ce sujet depuis plus de 20 ans. Il faut coopérer avec les acteurs qui les connaissent, passer par le faire (fablab…).
Il faut aller là où les gens vivent ou passent : marchés, poste, gare. On expérimente le « aller vers » ! Et accepter que certaines personnes n’aillent pas vers le numérique.
Pour les jeunes, proposer des pizzas ; pour les anciens, café, thé, gâteaux partagés. Les méthodes de mobilisation ne changent pas.
Les formats d’éducation populaire (papotes, conférences gesticulées, etc.) sont précieux pour tout ça.
Vie privée, « rien à cacher », droit au non-numérique
Le trollage le plus difficile à déminer, c’est « je n’ai rien à cacher ». Deuxième idée : on est toujours le libriste de quelqu’un, et inversement le « corrompu » d’un autre. L’essentiel est de rester ouvert et d’avancer dans des choix informés et conscientisés.
« Rien à cacher » : si, car vie privée, mais rien à me reprocher. C’est complexe avec les ados.
Choisir et ne pas subir : est-ce que vous incluez le choix de ne pas avoir de smartphone (sachant que ce choix peut exclure de certains dispositifs, empêcher des démarches) ?
On devrait pouvoir choisir le non-numérique, dans la vie publique a minima. D’ailleurs, le « droit au non-numérique » commence à faire son apparition. Ce choix n’empêche pas d’avoir besoin d’éducation au numérique, puisqu’à l’échelle collective il est partout, y compris là où on peut le regretter.
Libre, GAFAM et l’asymétrie des moyens
N’y a-t-il pas une question du côté des outils libres, qui seraient trop tournés vers des « power users » ? Quelqu’un qui n’est pas sincèrement intéressé va chercher au plus simple — et le plus simple, c’est souvent les GAFAM. Il faudrait que les solutions open source soient encore plus simples.
Asymétrie énorme de moyens, aussi.
Je suis libriste et linuxien depuis 20 ans, et incapable de pondre une ligne de code. Je reste convaincu que les logiciels libres sont aujourd’hui aussi abordables que les propriétaires.
Pour sortir des GAFAM à l’échelle individuelle : commencer par s’inscrire chez un hébergeur alternatif de son entourage (un CHATONS) pour le cloud, le mail et bien d’autres services.
Libre ou pas, ce à quoi il faut veiller c’est l’éthique de l’entreprise choisie. Il est normal de payer le travail des gens et les serveurs ; juste fournir des dividendes à des actionnaires, c’est autre chose.
Verrous systémiques et action publique
Mon interprétation de pourquoi l’État ne va pas plus dans cette direction, et pourquoi même les personnes sensibilisées restent sur des GAFAM : des verrous systémiques.
Ce qui se passe depuis 2017 n’est ni incohérent ni un non-sens. La dématérialisation de l’administration, la fin des conseillers numériques… tout ça est voulu.
C’est compliqué en tant que conseiller numérique employé comme fonctionnaire : il faut être neutre, et ce genre de sujet devient « trop politique » pour les supérieurs.
Il y a une grosse méconnaissance des alternatives, et un côté « c’est de la technique, ce n’est pas important » du côté de nombreux collectifs et associations militantes.
Plus il y a de numérique dans les démarches administratives, plus il y a de fracture numérique. Il n’y a pas assez d’aide pour celles et ceux qui sont en difficulté.
Financer la technocritique
Je faisais des ateliers d’éthique numérique, et c’était impossible à faire financer.
C’est un vrai problème qu’il y ait de tels enjeux sur l’éthique du numérique et si peu de financement.
Une proposition que je lance, issue du discours du Pape sur l’IA : et si on taxait l’IA pour financer la technocritique ?
Est-il possible de gagner sa vie en faisant de l’éducation à un numérique acceptable, et si oui, comment ?
Émancipation, communs et futurs désirables
Le levier le plus important, c’est de changer la vision du monde — le paradigme. Changer la loi, changer les règles du système : ce sont les leviers les plus puissants pour modifier un système.
La difficulté, c’est de ne pas finir cynique. Il faut réussir à construire des futurs désirables et y croire nous-mêmes. J’ai beaucoup pratiqué des ateliers d’écriture de futurs alternatifs en mission locale, ça marchait bien.
On parle d’émancipation sans parler de l’accès aux connaissances. On vit une révolution scientifique et on ne donne pas aux citoyens l’accès à ces savoirs.
Soit c’est un choix conscient, soit c’est un impensé gravissime.
Il faut hacker les formations à l’IA, les détourner de leurs buts. En finir avec la dystopie cogipunk.
Je suis étonnée de voir des personnes sensibilisées utiliser des outils « problématiques ». Avant d’aller toucher les non-sensibilisés, il me semble que les sensibilisés doivent montrer la voie.
Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est justement la place donnée à la délibération citoyenne, aux désaccords, aux imaginaires possibles.
Ressources partagés dans le chat
Toutes les ressources partagées dans le chat, regroupées par nature. (31 liens, hors liens personnels et doublons.)
Les liens partagés par Louis
Logiciel libre, alternatives & hébergement éthique
- Framasoft
- CHATONS : Collectif d’Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires
- Emancip’Asso
- Métacartes - retours d’usage
- Communaccord
Souveraineté numérique & action publique
- La DINUM quitte Windows pour Linux (Developpez)
- L’État français et Linux (Itsense, 2026)
- La Commission européenne érige le logiciel libre en levier industriel (ZDNet)
- L’Éducation nationale prolonge un contrat avec Microsoft (France Inter)
- Référentiel de compétences « numérique écoresponsable » (beta, DINUM)
- La médiation numérique au défi de l’éloignement numérique (rapport ANCT, PDF)
Acculturation, jeux & MOOC
- MOOC « Impacts environnementaux du numérique » (FUN)
- Ressources du MOOC Impacts (accès indépendant, Inria)
- PhoneImpact (jeu de sensibilisation, Inria)
- Parcours « cybersurveillance » (Yakamedia, Ceméa)
Ressources pédagogiques & collectifs
- Veille « numérique responsable » (start.me)
- Dispositif citoyen pour un numérique plus responsable (Alt-Impact)


