Intelligence(s) artificielle(s)
La page où j'explicite, pour moi-même et pour les autres, mon rapport aux intelligences artificielles. Vous pouvez également lire mes articles sur ce sujet.
MAJ : 13 mai 2026
Quelques réflexions en vrac
Je différencie IA, terme fourre-tout, de l'IA générative. Il y a l'IA générative grand public (ChatGPT, etc.), les IA génératives spécialisées (conception de médicaments), et les IA non-génératives (prédiction météo, détection de fuites). On peut être contre la première et pour les deux autres. Je suis personnellement contre l'IA générative grand public.
Le principal problème de l'IA générative grand public n'est pas philosophique ou ontologique (même s'il existe), il est politique. L'IA explose les limites planétaires. À la fois à l'usage et à la fabrication (métaux rares, énergie). Demain, il faudra choisir : des IRM réparables ou des IA entraînées ?
L'IA générative grand public, même « éthique », « open source » ou « locale », reste problématique. L'entraînement des modèles et leurs finalités posent des questions que l'open source ne résout pas.
Il me semble que l'analogie entre IA générative grand public et nucléaire tient. Technologie duale (civil/militaire), centralisée par nature pour l'entrainement a minima, nécessitant un État fort. L'IA civile nourrit directement l'IA militaire (au Liban, à Gaza, en Ukraine, etc.).
Ma posture vis à vis de l'IA
Ma posture vis-à-vis de l'IA a changé depuis le lancement de ChatGPT en novembre 2022. J'ai d'abord appliqué un boycott strict des IA génératives grand public, jusqu'à fin 2024 environ. À ce moment là, j'ai eu l'opportunité d'organiser une formation aux enjeux de l'IA à la demande d'une collectivité territoriale. J'ai donc expérimenté quelques usages basiques pour pouvoir parler de mon sujet en connaissance de cause. Ensuite sur le reste de 2025, je suis resté sur un boycott quasi total. C'est début 2026 que j'ai commencé à revoir ma posture. En voici quelques raisons.
Contre vents et marées (et la hype, et la bulle, et le coût économique et écologique, et les gains de productivité faibles, etc. etc.), l'IA générative grand public est toujours là. Tenir la posture du boycott strict, se limiter à dire que l'IAgen « c'est de la merde » (parce que parfois on n'a pas le temps, l'énergie ou simplement la possibilité d'égrener des arguments), ça devient très difficile à défendre pour quelqu'un qui fait de la médiation numérique auprès de différents publics, et qui travaille avec des organisations (qui sont obsédées par l'IA générative grand public). Force est de constater que le boycott est même assez inaudible auprès du grand public... Nous avons (encore) perdu une bataille culturelle et politique :(
De la même manière, en tant qu'acteur de l'éducation au numérique, même avec une vision technocritique, je ressens le besoin de comprendre et de pratiquer (a minima, soyons clairs) l'IA générative grand public. Pour pouvoir en parler avec justesse et pas de façon exclusivement théorique. Pour comprendre ce qui fascine. Pour comprendre ce qui peut ressembler à de l'émancipation. Pour reprendre mon tryptique, j'ai besoin de comprendre l'IA, pour pouvoir la critiquer et la transformer. Même si concernant l'IA générative grand public, je doute encore de la possibilité de la transformer en quelque chose d'acceptable.
Je reconnais vivre un moment de fatigue militante vis-à-vis de certains enjeux du numérique. Je sais, c'est dur... Fatigue vis-à-vis des enjeux en général, tant la direction prise par le numérique va à l'opposée de la mienne. C'est fatiguant de toujours lutter contre. Fatigue vis-à-vis des enjeux écologiques et sociaux en particulier, parce que je doute parfois qu'on soit sur les bonnes priorités, compte tenu de l'état du monde et des sociétés. Je pense notamment aux ordres de grandeur, qui rappellent utilement que les priorités pour réduire notre impact sur le vivant sont les déplacements, l'alimentation et le logement. Et la surconsommation en général. Bien sûr qu'il faut être exemplaire sur tous les plans, et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : le numérique a un impact gigantesque, à la fois directement (par son infrastructure physique) et indirectement (par la publicité). Mais parfois, d'un point de vue stratégique, je me demande s'il faut continuer à insister sur les enjeux spécifiques du numérique, au risque de donner bonne conscience (à peu de frais) à des gens qui mangent de la viande tous les jours, prennent l'avion sans se poser de questions, et surconsomment de manière générale.
J'ai toujours dit que les gestes individuels étaient insuffisants, surtout s'ils finissent par être coûteux pour celle ou celui qui les fait. En l'occurence, ne pas utiliser l'IA générative grand public ne serait pas coûteux pour moi à proprement parler. Encore que. Mais cela reviendrait en revanche à me priver de possibilités qui sont objectivement intéressantes (et même émancipatrices) pour moi, comme de proposer une toile du numérique acceptable interactive, ce que je n'aurais pas pu proposer sans une IA générative grand public. Ce qui est paradoxal, j'en ai conscience, puisque l'IA générative grand public, telle qu'elle est déployée, est elle-même inacceptable sur tous les plans. En définitive, si j'utilise l'IA générative grand public, je voterais également sans hésiter pour son interdiction générale.
Mon cadre d'usage de l'IA
Travail en cours - pas terminé
Déjà, le moins possible. Vraiment. Et jamais quand une autre technologie alternative plus acceptable existe (ex : moteur de recherche). J'utilise l'IA en conscience de ses impacts.
Pas pour de la création d'idées sur mes domaines d'expertise ou de travail. Parfois pour dérouler et décliner, ou pour faire s'entrechoquer des idées. Mais pas pour de l'idéation pure. L'IA ne fait que régurgiter le passé. Je ne veux pas qu'elle invente mon futur.
Pas pour de la rédaction d'articles de fond. Ce n'est pas l'IA générative qui écrira mes articles et construira ma pensée à ma place. Pour des articles basiques, type présentation ou tutoriel (comme sur Alternatives numériques), à voir. Mais avec parcimonie, seulement pour de l'aide à la rédaction, ou de l'aide à la mise en forme.
Pas pour des tâches qui me procurent du plaisir. Je fais faire à l'IA des tâches que je procrastine, qui ne m'apportent pas de plaisir, qui me coûtent.
Mes applications concrètes de l'IA
La toile du numérique acceptable
Les IA que j'utilise
Euria, d'Infomaniak. Inclus dans ma kSuite. Elle est basée sur les modèles de Mistral et de Qwen (IA open source d'origine chinoise).
Claude, d'Anthropic. Avec abonnement pro. Avec comme instruction de ne pas chercher à me plaire, de me contredire, de sourcer systématiquement, de ne rien inventer, de me sortir de ma zone de confort.
Je boycotte ChatGPT, Gemini et Copilot.