Faire sa comm quand le monde se déchire

Image styllisée d'une colombe  (ou d'un bokeh à vrai dire)
Photo de Oleg Sotnikovsur Unsplash

Ce mercredi, « les bombardements israéliens au Liban ont tué plus de 300 personnes et en ont blessé au moins 1 150, selon le ministère de la santé » (source : Le Monde). Nos yeux sont aujourd'hui braqués sur l'Ukaine et le Moyen-Orient, mais les théâtres de guerre sont bien plus nombreux : République démocratique du Congo, Yemen, Sahel, Soudan, et tant d'autres... À chaque fois, des civils, des femmes et des hommes. Des enfants. Je ne peux pas m'empêcher de penser à ma fille, à mon fils. Mes yeux se voilent, les larmes montent. Impuissance, dégoût, culpabilité, horreur, colère, tristesse. Tous ces sentiments se mélangent et me submergent. Je me reprends.

Et puis deux jours plus tard, vendredi, j'ai eu spontanément l'idée d'une publication que j'avais l'intention de partager sur LinkedIn et Mastodon :

Ça bouge en ce moment. Avec la dernière annonce en date, et pas des moindres, de la DINUM de quitter Windows pour Linux et d'accélérer sur la réduction de ses dépendances numériques, voilà encore un bon signal pour l'écosystème alternumériste européen et français.

L'occasion de faire une petite autopromo : si vous êtes une (petite ou moyenne) organisation et que vous réfléchissez, vous aussi, à quitter les big tech US pour des alternatives numériques qui vous respectent, n'hésitez pas à me contacter, car c'est précisément un accompagnement que je propose.

En milieu de rédaction, j'ai été pris de vertige. Cette publication m'est apparue pour ce qu'elle était : à côté de la plaque de l'actualité, indécente, obscène, insensible, inhumaine. La plupart du temps, ces moments (salutaires) de prise de recul me conduisent à renoncer à publier. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je m'exprime très peu sur les réseaux sociaux, comme expliqué dans une page dédiée. Plus largement, j'essaye de concilier mes valeurs avec mes objectifs de communication. Ainsi, j'ai décidé de quitter TwitterX dès octobre 2022. Je ne suis pas sur Instagram, Facebook ou Bluesky. Sur Mastodon et LinkedIn, je publie relativement peu, et sobrement. Je ne multiplie pas les émojis ou les messages aguicheurs, je ne joue pas le jeu de LinkedIn qui consiste à devoir placer le lien en commentaire. Je ne fais évidemment pas générer mes publications par des IA génératives. Au-delà des réseaux sociaux, j'essaye de ne pas prendre trop de place, pour en laisser à d'autres qui en ont plus besoin, qui sont moins visibilisé·es, et/ou qui sont plus légitimes que moi. Tous ces choix sont en pleine adéquation avec mes valeurs, et je ne les renie pas, mais ils me coûtent assez nettement en visibilité (pour mes articles) et en missions (pour travailler et pouvoir me rémunérer).

C'est pour cette raison que ce vendredi, j'ai décidé, cette fois, de publier. Parce que maintenant que je me suis remis à mon compte, j'ai à nouveau besoin de communiquer et d'être visible pour trouver des clients. Et donc réaliser des compromis entre mes valeurs et mon besoin de visibilité. Ça ne m'empêche pas de garder un goût amer, de trouver ma publication obscène, et d'avoir honte de jouer les règles de ce jeu de la comm qui prend ici les contours d'une farce tragique.


Voilà, j'avais envie et besoin d'écrire cet article, sans doute maladroit. J'aimerais beaucoup échanger avec d'autres personnes qui partagent ces émotions, ces culpabilités, ces dilemmes. Que ce soit par mail ou discrètement sur Mastodon.