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    <title>Louis Derrac</title>
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    <updated>2026-07-21T15:15:45+02:00</updated>
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        <name>Louis Derrac</name>
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        <title>L&#x27;IAg est l&#x27;arbre qui cache la forêt de nos dépendances numériques</title>
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            <name>Louis Derrac</name>
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            <category term="IA"/>

        <updated>2026-06-19T12:06:48+02:00</updated>
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                <p>Depuis que l’administration Trump a coupé, le 12 juin, l’accès aux modèles Fable et Mythos d’Anthropic, tout le monde s'agite. Certains découvrent nos dépendances numériques (il était temps). D'autres clament qu'il nous faut, urgemment, une intelligence artificielle française (voilà qui est original). Et chacun de s'employer à des <a href="https://www.economie.gouv.fr/actualites/video-le-plan-notre-ia-pour-les-services-publics-devoile"  class="extlink extlink-icon-1"  >nouveaux plans</a> et <a href="https://www.info.gouv.fr/actualite/accelerer-l-ia-dans-l-etat-et-au-service-des-francais"  class="extlink extlink-icon-1"  >investissements</a>.</p>
<p>Dans cette séquence, nous réussissons le tour de force de 1. faire le jeu d'Anthropic et des autres grandes boites d'IAg (américaines) avant leur IPO, 2. reprendre sans recul critique le narratif de l'IAg comme outil d'hyper-productivité et d'hyper-compétitivité 3. concentrer l'attention politique et médiatique sur l'IAg et pas sur les briques technologiques vraiment vitales pour notre indépendance stratégique.</p>
<h2 id="une-confusion-entretenue">Une confusion entretenue entre IAg et IA</h2>
<p>D’abord, il faut distinguer deux choses qu’on mélange en permanence dans le débat public : les intelligences artificielles génératives grand public (Claude d’Anthropic, ChatGPT d’OpenAI, Gemini de Google) et les systèmes d’intelligence artificielle au sens large, bien plus divers dans leurs méthodes, techniques et applications pratiques. Les seconds peuvent rendre de vrais services : détection de fuites d’eau dans les collectivités, aide au diagnostic médical, modélisation météo, recherche de médicaments, etc. Sur les premières, et comme je l'ai déjà beaucoup écrit ici, j’ai vraiment plus de réserves.</p>
<p>Il faudrait faire une véritable cartographie des controverses autour des intelligences artificielles génératives (IAg), mais citons notamment le coût social (licenciements ou non-recrutements au prétexte de l'IA, déqualification et précarisation du travail, travail du clic pour entraîner les IAg), le coût écologique (construction de nouveaux centres de donnée donc matières premières et artificialisation des sols, demande accrue en énergie et en eau), le coût culturel (pillage de l'ensemble des connaissances et productions culturelles de l'humanité, uniformisation de la création) ou encore le coût intellectuel (sur la construction de notre pensée, sur nos compétences).</p>
<p><span style="font-size: inherit;">Côté bénéfice, les gains de productivité massifs et généralisés qu’on nous promet depuis des mois et années restent largement à démontrer à grande échelle. Certaines tâches étroites (génération de code, support client) affichent des gains incontestables mais mesurés. L’idée d’une transformation générale de la productivité du travail reste, à ce stade, une promesse (une fable ?) qui n'engagent que celles et ceux qui la croient.</span></p>
<h2 id="un-faux-procès">Une erreur de priorité</h2>
<p>Revenons à l’épisode Fable-Mythos. Sur ordre de Washington, Anthropic a dû couper l’accès à ses deux derniers modèles. Concrètement, qui, en Europe, en a souffert ? Mythos n’avait jamais été ouvert au public, réservé à une poignée d’organisations partenaires. Fable, lui, venait d’être lancé quelques jours plus tôt. Il est assez incompréhensible de construire le narratif d'une catastrophe nationale sur la coupure d’un outil que presque personne n’utilisait encore.</p>
<p>Poussons l’exercice un peu plus loin : si Anthropic, OpenAI et Google devaient demain couper tous leurs services d’IA générative, notre tissu économique s’effondrerait-il ? Je ne le pense vraiment pas. Bien sûr, pour certains métiers, je pense notamment aux développeurs, cela occasionnerait une baisse de productivité. Mais comme évoqué plus haut, les promesses de gains massifs et généralisés de productivité grâce à l'IAg restent à démontrer, et la grande majorité des projets d’IA générative déployés en entreprise échouent. L'IA générative grand public n'est donc pas, à mon sens, une brique technologique critique.</p>
<p>En revanche, si sur ordre de Donald Trump, Visa et Mastercard nous coupaient l’accès aux paiements, si les clouds d’AWS, Google ou Microsoft nous fermaient leurs portes, si Cloudflare cessait de protéger nos sites, si les grandes plateformes sociales de Meta étaient inutilisables : voilà le genre de briques technologiques qui mettraient notre économie, notre administration et notre vie démocratique à genoux en quelques heures. C'est d'ailleurs tout le message porté par le <a href="https://numerique360.banquedesterritoires.fr/intelligence-artificielle/connaissances/journal-nos-independances-numeriques-2026-2040/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Journal de sensibilisation aux dépendances Numériques</a>, édité par la Banque des territoires et réalisé par Vraiment Vraiment.</p>
<h2 id="la-vraie-bataille">La véritable urgence</h2>
<p>L’objectif de reconquérir notre indépendance stratégique, ou du moins de pouvoir mieux choisir nos dépendances, je le partage entièrement. J'en parle d'ailleurs depuis bien longtemps dans mes interventions, et c’est au cœur de ce que j’appelle le <a href="https://louisderrac.com/numerique-acceptable/">numérique acceptable</a>. Mais je crois que l’IA générative grand public, au delà de son rapport coût/bénéfice qui me semble problématique, constitue réellement une diversion. Notre souveraineté numérique doit se construire en priorité sur des briques réellement structurantes : les infrastructures cloud, les câbles sous-marins, les systèmes d’exploitation, les semi-conducteurs, les réseaux de paiement.</p>
<p>Et là encore, déployons un numérique acceptable : émancipateur, choisi ET soutenable écologiquement et socialement. En ce sens, la multiplication sans limites des centres de données est un exemple de non-sens. En France comme aux États-Unis, les mobilisations se multiplient légitimement contre leur implantation. Cette défiance, ici comme là-bas, me semble être un signal à écouter plutôt qu’à contourner : le numérique à l'européenne et à la française ne se construira pas contre les habitant·es et les écosystèmes, mais avec eux. C'est tout le sens d'un numérique choisi : il faut trouver les moyens de décider collectivement du numérique que nous voulons. Voulons-nous l'équivalent de GAFAM en Europe, avec les mêmes travers (centralisation, hégémonie), ou un tissu de plus petits acteurs qui travaillent ensemble sur des communs numériques ? Voulons-nous un gigantisme numérique sans limites, ou un numérique plus sobre et plus économe ? Les élections présidentielles peuvent être un bon moment pour faire s'opposer différentes visions.</p>
<h2 id="ce-que-jen-retiens">Pour conclure, temporairement</h2>
<p>Si je devais résumer : arrêtons de nous focaliser sur l’arbre de l'IAg, et regardons plutôt la forêt de nos dépendances numériques. Câbles, clouds, semi-conducteurs, systèmes de paiement : voilà où se joue réellement notre dépendance, et voilà où devraient se concentrer nos discussions, notre intelligence et notre argent (public comme privé), plutôt que dans une course à l’IA générative dont l’utilité sociale et sociétale reste à prouver et dont les coûts sont assurément immenses.</p>
<p>Certains me diront que l’IA générative, même peu rentable aujourd’hui, reste stratégique pour l’avenir : recherche scientifique, cybersécurité, usages militaires. J'entends l'argument. Mais il plaide selon moi pour une capacité d’expertise publique et une vigilance (principe de précaution) sur ces technologies, pas pour les milliards qu’on engloutit aujourd’hui dans une course à la taille des modèles, sans garde-fous et sans contrepartie démocratique ni écologique.</p>
<p>Quoi qu'il en soit, cette réflexion n’est pas aboutie, et je sais que d’autres ne seront pas d'accord sur la hiérarchie des priorités. <a href="https://louisderrac.com/contact/">Vos retours sont les bienvenus</a>, comme toujours.</p>
<h2>À lire également</h2>
<ul>
<li><a href="https://www.la-croix.com/a-vif/la-france-veut-son-intelligence-artificielle-mais-elude-les-vraies-questions-20260617"  class="extlink extlink-icon-1"  >La Croix : La France veut « son » intelligence artificielle… mais élude les vraies questions</a></li>
<li><a href="https://numerique360.banquedesterritoires.fr/intelligence-artificielle/connaissances/journal-nos-independances-numeriques-2026-2040/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Numérique360 de la Banque des territoires. Journal de sensibilisation aux dépendances Numériques</a></li>
<li><a href="https://www.arte.tv/fr/videos/126925-096-A/le-dessous-des-cartes-l-essentiel/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Le dessous des cartes : <span class="ds-tkypj8">Tech américaine : les Européens dépendants ?</span></a></li>
</ul>
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        <title>Que peut l’éducation au numérique face aux défis posés par les réseaux sociaux ?</title>
        <author>
            <name>Louis Derrac</name>
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            <category term="Éducation au numérique"/>

        <updated>2026-06-15T11:26:56+02:00</updated>
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                <p class="msg msg--highlight ">Cet article a été écrit en février-mars 2026 pour la collection de livre "Les Essentiels d'Hermès", dont le dernier numéro <em>Ecrans contre écrans</em> vient d'être publié. Avec leur accord, je reproduis mon article ici. En voici le titre exact et la meilleure façon de le citer : Derrac, L., 2026. "Que peut l'éducation au numérique face aux défis posés par les réseaux sociaux ?", <em>in</em> Tsala Effa, D. (dir.), <em>Ecrans contre écrans</em>, Paris, CNRS éditions, coll. "Les Essentiels d'Hermès". Vous retrouverez la revue à l'achat <a href="https://www.cnrseditions.fr/catalogue/revues/ecrans-contre-ecrans/"  class="extlink extlink-icon-1"  >sur cette page</a>.</p>
<p>Il paraît nécessaire, pour toute réflexion critique sur les réseaux sociaux, de commencer par oser nommer le mal. Ce qui fut, dans les années 2000, perçu comme la concrétisation d’une utopie numérique – partage des connaissances, collaboration horizontale, liberté d’expression – s’est progressivement transformé en un écosystème largement toxique, à la fois pour les individus et pour les démocraties. Visionnaire, Aaron Swartz, figure emblématique du Web ouvert, écrivait dès 2007 : « Désormais, tout le monde a un droit de parole, il s’agit de savoir qui est entendu. »</p>
<p>Plus de quinze ans après, sa crainte se vérifie : les algorithmes, les interfaces et les modèles économiques de quelques plateformes hégémoniques ont redistribué le pouvoir de parole, non pas vers l’égalité, mais vers la viralité et la rentabilité (et parfois l’idéologie). Dans un monde en polycrises (économique, sociale, géopolitique, écologique, etc.), sur fond de « post-vérité », les réseaux sociaux sont devenus un véritable espace d’affrontement dans les guerres de l’information.</p>
<h2>La toxicité systémique des principaux réseaux sociaux</h2>
<p>Depuis le milieu des années 2010, les principaux réseaux sociaux ont été régulièrement épinglés pour des dérives ayant dépassé le cadre des simples dysfonctionnements techniques ou éditoriaux. Ces cas nombreux et largement documentés par des enquêtes journalistiques et parlementaires, des rapports d’ONG, des études académiques et des audits internes, ne relèvent pas d’erreurs isolées, mais révèlent une toxicité systémique, ancrée dans les modèles économiques, algorithmiques et de conception même de ces plateformes. Comme dit l’adage, ce n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité. En privilégiant l’engagement, la viralité et la captation de l’attention, les réseaux sociaux produisent des effets néfastes (psychologiques, sociaux, politiques) qui débordent largement du cadre individuel pour atteindre des dimensions structurelles et collectives.</p>
<p>Ainsi, Facebook a été au cœur d’innombrables scandales ayant démontré l’ampleur des dérives de ses modèles économiques et algorithmiques. L’affaire Cambridge Analytica (2018) a révélé l’exploitation massive de données personnelles à des fins de manipulation électorale. Plus grave encore, Amnesty International a démontré en 2018 que les algorithmes de Facebook ont contribué à la propagation de discours haineux ayant facilité le nettoyage ethnique des Rohingyas en Birmanie. Ces cas illustrent comment les plateformes, en priorisant l’engagement plutôt que la véracité ou la sécurité, tout en limitant sciemment les efforts de modération, deviennent des vecteurs de violence structurelle.</p>
<p>Instagram, bien que souvent perçu comme un espace de création et de partage visuel, a été critiqué pour ses effets délétères sur la santé mentale des jeunes, en particulier des adolescentes. Une enquête interne menée par Meta en 2021, rendue publique par le Wall Street Journal, a révélé que 32 % des jeunes filles interrogées rapportaient que l’utilisation d’Instagram aggravait leur sentiment de dépression. Par ailleurs, le phénomène du shadowban – censure non transparente des contenus – affecte notamment les utilisateurs engagés dans des causes féministes, LGBTQIA+ ou antiracistes. Ce mécanisme, non documenté officiellement, illustre la manière dont les plateformes contrôlent discrètement la visibilité des voix dissidentes.</p>
<p>Avant même son rachat par Elon Musk, Twitter présentait des caractéristiques de design favorisant l’agressivité et la polarisation : interface minimaliste, publications très courtes, chronologie algorithmique, système de réactions binaires favorisant la viralité (« j’aime » / « retweet »), et absence de modération efficace. Sous la direction de Musk, la plateforme a vu une montée en puissance des discours d’extrême droite, souvent amplifiés par des algorithmes modifiés pour maximiser l’engagement. Cette évolution démontre que la « liberté d’expression » sur ces plateformes est conditionnée par des logiques commerciales, mais également idéologiques.</p>
<p>TikTok, avec son flux infini de vidéos, repose sur un algorithme de recommandation extrêmement efficace pour capter et retenir l’attention. Ce modèle favorise les contenus émotionnels, viraux et souvent normatifs, en particulier en matière de beauté, de corps, de santé mentale. Les défis viraux, souvent présentés comme ludiques, peuvent conduire à des comportements à risque, voire dangereux. Le modèle économique de TikTok, fondé sur la publicité ciblée et la surveillance comportementale, en fait un outil de contrôle social autant que de divertissement.</p>
<p>Les quelques cas présentés ici ne constituent pas des exceptions, mais des manifestations convergentes d’un même système. Ce dernier repose sur une logique capitaliste de surveillance, la personnalisation extrême, la captation de l’attention et la maximisation de l’engagement, au détriment de la santé mentale, de la diversité des voix, du respect des utilisateurs et de la stabilité démocratique. Comprendre le caractère systémique de la toxicité des principaux réseaux sociaux est une condition nécessaire pour envisager des réponses efficaces, qu’elles soient régulatoires, technologiques ou éducatives. Car tant que les modèles économiques et algorithmiques ne seront pas repensés, toute intervention individuelle ou pédagogique restera, au mieux, un pansement sur une plaie profonde.</p>
<h2>Les réseaux sociaux sont devenus des médias (a)sociaux : trois signaux faibles à considérer</h2>
<p>Les algorithmes de recommandation, en personnalisant les contenus à l’extrême, ont conduit à la formation de bulles informationnelles et culturelles (Pariser, 2011). Sherry Turkle (2011) parlait déjà d’internautes « seuls ensemble » : nous sommes connectés, mais isolés dans nos chambres d’écho respectives. Cette fragmentation rend plus difficile la construction d’un espace public, culturel et informationnel commun, pourtant essentiel à la vie démocratique.</p>
<p>Contrairement à la promesse d’horizontalité, la production de contenu sur les réseaux sociaux est largement concentrée entre les mains d’une minorité d’influenceurs. Ainsi, une étude de Pew Research Center (2024) montre par exemple que 80 % des publications sur X (anciennement Twitter) proviennent de 10 % des utilisateurs, majoritairement des hommes, blancs et politiquement conservateurs. Cette concentration renforce les inégalités de visibilité et de pouvoir. L’asymétrie entre contributeurs et lecteurs passifs se renforce.</p>
<p dir="auto">L’accumulation de contenus, l’accélération frénétique des échanges, l’infobésité et son corollaire, le fear of missing out (FOMO) ont conduit à une forme de fatigue numérique. Une étude de la British Standards Institution (2025) révèle par exemple que 46 % des jeunes Britanniques âgés de 16 à 21 ans souhaiteraient vivre dans un monde sans Internet. Ce désir de déconnexion n’est pas un rejet de la technologie, mais une demande de réappropriation de son usage. Cette fatigue numérique n’est d’ailleurs pas qu’une affaire de réseaux sociaux, on parle également de « décision fatigue » pour parler de notre difficulté à choisir notre prochain film sur Netflix, ou de « zoom fatigue » pour désigner notre épuisement à la suite de l’enchaînement de visioconférences, souvent subi, particulièrement pendant la période de pandémie du Covid.</p>
<p dir="auto">Les trois signaux faibles semblent tous révéler une mutation profonde : les réseaux sociaux ne sont pas uniquement des espaces potentiels de sociabilité, mais aussi des machines à produire de l’isolement, de la hiérarchie et de la fatigue informationnelle. Notons que c’est particulièrement vrai sur les réseaux phares, selon la typologie proposée par Dominique Cardon (2019). Les caractéristiques d’un réseau phare sont les suivantes : des réseaux affinitaires, où l’on suit potentiellement de très nombreuses personnes, sans que ce ne soient des amis ou même des connaissances. Ce type de réseau favorise donc structurellement l’émergence d’influenceurs, qui capitalisent (car il s’agit bien d’un capital social) plusieurs milliers (millions) de followers. C’est également un réseau qui encourage la valorisation de soi, puisque chaque publication a pour objectif (conscient ou inconscient) de générer de l’engagement : de nouveaux abonnés, un like, une republication. C’est enfin un réseau qui peut devenir une incroyable (et déformée) chambre d’écho, quand elle attire à elle deux profils particuliers d’influenceurs : les journalistes et les politiques.</p>
<p dir="auto">Ce n’est pas un hasard si les utilisateurs, en particulier les plus jeunes, expriment un désir de retrait, non pas de la technologie ou de tous les réseaux sociaux, mais de certaines de ces plateformes qui les épuisent, les divisent et les excluent. Un effet très prégnant de ce retrait est l’immense succès des groupes WhatsApp (également possédé par Meta, la société mère de Facebook et Instagram), des communautés Discord, ou encore des messageries instantanées privées. Des réseaux « clair-obscur », toujours selon la typologie de Cardon, avec moins de relations numériques, une autorégulation par les pairs… Cette évolution souligne l’urgence de repenser non seulement les pratiques individuelles, mais aussi les structures technologiques et économiques qui sous-tendent ces plateformes. Car tant que les algorithmes continueront à segmenter, à hiérarchiser et à captiver, les réseaux sociaux resteront des médias (a)sociaux.</p>
<h2 dir="auto" data-heading="L’éducation au numérique : entre sensibilisation dépolitisée et émancipation technocritique">L’éducation au numérique : entre sensibilisation dépolitisée et émancipation technocritique</h2>
<p dir="auto">L’éducation au numérique se trouve encore largement cantonnée à un cadre préventif : sensibilisation aux risques, transmission de « bons usages ». Pour reprendre les travaux de Simon Collin (2021), elle se résout à une finalité adaptative, dépolitisée et coercitive, ce qui renforce l’individualisme au détriment de l’engagement collectif. Or, à la lumière des analyses exposées dans les deux premières parties, cette approche apparaît manifestement insuffisante. Comme l’écrit Jacques Rancière (1987), « qui enseigne sans émanciper abrutit ».</p>
<p dir="auto">Nous pensons nécessaire, et même indispensable dans le contexte géopolitique et politique actuel, une conception plus ambitieuse de l’éducation au numérique, fondée sur deux principes : l’émancipation et la technocritique. L’éducation au numérique doit permettre aux individus non seulement de comprendre les systèmes numériques qui structurent leur environnement, mais aussi de pouvoir les critiquer dans leur complexité et, le cas échéant, de les transformer. Il ne s’agit pas seulement de diagnostiquer, mais de produire du pouvoir d’agir, aussi bien à l’échelle individuelle qu’à l’échelle collective.</p>
<p dir="auto">À l’échelle individuelle, cela implique le développement de pratiques réflexives et autonomes : paramétrage fin des données personnelles, désactivation des mécanismes d’optimisation algorithmique (recommandations, feed personnalisés), ou encore recours à des interfaces non hiérarchisées (flux chronologiques). Mais surtout, il s’agit de cultiver la capacité à quitter, contourner ou boycotter les plateformes dominantes, non pas par retrait, mais par choix politique, au profit d’alternatives éthiques et décentralisées existantes (Mastodon, Pixelfed, Signal, forums autonomes, IndieWeb, etc.), ou à imaginer.</p>
<p dir="auto">À l’échelle collective, l’enjeu est de saisir les dynamiques de pouvoir qui sous-tendent les systèmes numériques : rapports de force politiques et économiques, conflits entre intérêt général et intérêts privés. Une éducation technocritique doit alors permettre d’engager des débats sur les régulations possibles (interdiction de la publicité ciblée, obligation de transparence algorithmique, droit à l’interopérabilité) ou sur d’autres modalités d’interventions politiques et économiques.</p>
<p dir="auto">Comme le souligne Bernard Stiegler (1994), le numérique est un pharmakon : à la fois poison et remède. Les réseaux sociaux n’ont pas causé la désinformation, la violence, l’individualisme, le consumérisme ou les inégalités sociales, mais ils les ont amplifiés, au travers d’une hyperpersonnalisation de masse. Les acteurs éducatifs ont un rôle crucial à jouer : enseigner à penser contre soi-même, à lutter contre ses déterminismes, à sortir de ses bulles de filtre. Il ne suffit pas de former des travailleurs ou des consommateurs, mais bel et bien des citoyens d’un monde numérique, critiques et réflexifs, qui contribuent au Web social presque autant qu’ils le consomment. Dans un monde en polycrises, l’éducation doit enfin pouvoir offrir des espaces et des outils pour ralentir, réfléchir et privilégier la créativité, la coopération, la curiosité et la critique.</p>
<h2 dir="auto" data-heading="Références bibliographiques">Références bibliographiques</h2>
<ul>
<li>Amnesty International, Myanmar : l’atrocité des réseaux sociaux. Meta face au droit à réparations des Rohingyas (Synthèse), 2022.</li>
<li>Are, C., « The Shadowban Cycle: an autoethnography of pole dancing, nudity and censorship on Instagram », Feminist Media Studies, vol. 22, n° 8, p. 2002-2019, 2021.</li>
<li>British Standards Institution (BSI), Half of young people want to grow up in a world without internet, 2025.</li>
<li>Cardon, D., Culture numérique. Éd. Presses de Sciences Po, 2019.</li>
<li>Collin, S., « L’éducation à la citoyenneté numérique : pour quelle(s) finalité(s) ? Éducation et francophonie », vol. 49, n° 2, 2021.</li>
<li>Derrac, L., « Éduquer au numérique d’accord. Mais pas n’importe lequel et pas n’importe comment – Partie 2 : l’enseignement scolaire », 2024.</li>
<li>Derrac, L., « Et si le problème des réseaux sociaux, c’étaient les phares ? », 2024.</li>
<li>Pariser, E., « The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You ». Éd.Penguin Press, 2011.</li>
<li>Pew Research Center, (2024). America’s News Influencers.</li>
<li>Rancière, J., Le Maître ignorant, Fayard, 1987.</li>
<li>Stiegler, B., La technique et le temps. 1. La faute d’Épiméthée, Éd. Galilée, 1994.</li>
<li>Tucker, J. A., et al. (2018). Social Media, Political Polarization, and Political</li>
<li>Disinformation: A Review of the Scientific Literature. SSRN.</li>
<li>Turkle, S., Alone together: Why we expect more from technology and less from each other. Éd. Basic Books/Hachette Book Group, 2011.</li>
</ul>
            ]]>
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        <title>Le défi d&#x27;éduquer à un numérique acceptable</title>
        <author>
            <name>Louis Derrac</name>
        </author>
        <link href="https://louisderrac.com/le-defi-deduquer-a-un-numerique-acceptable-article/"/>
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            <category term="Éducation"/>
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        <updated>2025-10-29T21:37:38+01:00</updated>
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                    Cet article a été écrit en écho à mes conférences regroupées sous le titre éponyme, « le défi d'éduquer à un numérique acceptable ». Il&hellip;
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        <content type="html">
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                    <p><img src="https://louisderrac.com/media/posts/447/defi.jpg" class="type:primaryImage" alt="" /></p>
                <div class="el-p">
<p class="msg msg--info" dir="auto">Cet article a été écrit en écho à mes conférences regroupées sous le titre éponyme, « <a href="https://louisderrac.com/conferences/le-defi-deduquer-a-un-numerique-acceptable/">le défi d'éduquer à un numérique acceptable</a> ». Il s'agit d'une mise à jour de mon exploration croisée de l'<a href="https://louisderrac.com/education-au-numerique/">éducation au numérique</a> d'une part, et <a href="https://louisderrac.com/numerique-acceptable/">du numérique acceptable</a> d'autre part.</p>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">En 2021 j'ai écrit un article intitulé « <a href="https://louisderrac.com/eduquer-au-numerique-daccord-mais-pas-nimporte-lequel-et-pas-nimporte-comment/">éduquer au numérique d'accord mais pas n'importe lequel et pas n'importe comment</a> ». Je l'avais écrit sur un coup de tête, comme c'est parfois le cas de mes articles les plus percutants, en réaction au lancement du <a href="https://www.conseiller-numerique.gouv.fr/"  class="extlink extlink-icon-1"  >dispositif conseillers numériques</a>. Je voulais poser par écrit mon malaise et mon désaccord profond avec l'idée que l'éducation, tout au long de la vie (enseignement scolaire, supérieur, inclusion et médiation numérique), ne consiste qu'à accompagner, sans broncher ou poser de question, la numérisation effrénée du monde. Dans l'idée fausse et déterministe que « c'est le sens du progrès », « qu'il n'y a pas le choix ». Une numérisation du monde que nous n'avons jamais choisie, dont les contours n'ont jamais été débattus, et qui comporte un angle mort immense sur sa soutenabilité matérielle, géopolitique, écologique et sociale.</p>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">J'ai donc écrit cet article parce que, selon moi, on ne pouvait plus continuer d'éduquer (ou former) comme si de rien n'était. Comme si « le numérique », dans sa massification, n'avait pas engendré les GAFAM, plus largement les multinationales du numériques, aussi puissantes que nombre d'États. Comme si les plateformes numériques aujourd'hui oligopolistiques n'étaient pas pour la plupart devenues largement aliénantes, voire toxiques pour la société, mues par des intérêts économiques et des idéologies incompatibles avec l'intérêt général. Comme si « le numérique » n'avait aucun impact écologique et social. Comme si la numérisation n'avait pas rajouté une couche de difficulté pour les gens déjà fragiles, sans parler de son infrastructure toujours plus centralisée, toujours moins robuste. Bref, l'éducation au numérique au sens large ne pouvait plus se contenter d'accompagner et de fait d'encourager la numérisation du monde sans la critiquer, la repenser, l'interroger, et la transformer.</p>
</div>
<div class="el-p">
<p class="msg msg--highlight  msg--info" dir="auto">Lire aussi : <a href="https://louisderrac.com/eduquer-au-numerique-dans-la-ligne-de-crete-entre-paniques-morales-et-technorassurisme/">éduquer au numérique entre « paniques morales » et technorassurisme</a></p>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">Aujourd'hui, dans un contexte de polycrises géopolitiques, politiques, écologiques et sociales, je le réaffirme avec intensité : éduquer au numérique d'accord mais pas n'importe lequel et pas n'importe comment. Pas n'importe lequel : un numérique acceptable. Et pas n'importe comment : une éducation technocritique, politique, émancipatrice, populaire. Tout au long de la vie.</p>
<div class="post__toc">
<h3>Table des matières</h3>
<ul>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtbm">Pas n'importe lequel : un numérique acceptable</a></li>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtbn">Pas n'importe comment : une éducation (technocritique) au numérique</a>
<ul>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtbo">La technologie n’est ni bonne, ni mauvaise, ni neutre</a></li>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtbp">Le progrès technique n’est pas linéaire</a></li>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtbq">Le progrès technique n’est pas déterminé</a></li>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtbr">Progrès technique ≠ progrès social</a></li>
</ul>
</li>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtbs">Et en pratique ?</a>
<ul>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtbt">Enseigner l'utilisation de Google versus comprendre, critiquer et transformer les moteurs de recherche</a></li>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtbu">Installer un bloqueur de publicités versus comprendre, critiquer et transformer le capitalisme de surveillance</a></li>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtbv">Enseigner les usages consommateurs et aliénants, ou les pratiques contributrices et émancipatrices ?</a></li>
</ul>
</li>
<li><a href="#mcetoc_1j8t7pvgtc1">Conclusion</a></li>
</ul>
</div>
<figure class="post__image post__image--center"><img loading="lazy" src="https://louisderrac.com/media/posts/447/framameme4.png" alt="Le mème de la sortie d'autoroute. En haut à gauche : &quot;métavers, IA, transhumanisme&quot;. En haut à droite : Numérique acceptable. En bas : Une éducation technocritique" width="600" height="571" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme4-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme4-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme4-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme4-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme4-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme4-2xl.png 1920w">
<figcaption>Mème réalisé sur <a href="https://framamemes.org"  class="extlink extlink-icon-1"  >Framamème</a></figcaption>
</figure>
<h2 id="mcetoc_1j8t7pvgtbm" dir="auto">Pas n'importe lequel : un numérique acceptable</h2>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">Depuis 2022, je propose de parler de numérique acceptable. Le numérique « responsable » étant un oxymore problématique et chaque jour plus galvaudé (<a data-tooltip-position="top" aria-label="https://louisderrac.com/numerique-responsable-critique-dun-oxymore/" rel="noopener nofollow" class="external-link" href="https://louisderrac.com/numerique-responsable-critique-dun-oxymore/" target="_blank">lire l'article dédié</a>), j'ai proposé un concept plus radical et plus systémique : le numérique « acceptable ». </p>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">Plus radical, parce que le terme acceptable sous-entend bien que toute infrastructure numérique a un coût écologique et social hautement problématique, qu'on ne peut plus ignorer. Le numérique en devient donc acceptable si et seulement si il demeure soutenable socialement et écologiquement (ce qui implique nécessairement des choix politiques), et bénéfique, utile, et notamment émancipateur pour la société.</p>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">Plus systémique, parce que le numérique acceptable englobe à la fois les enjeux d'impacts écologiques et sociaux, mais aussi les enjeux d'émancipation et de choix démocratique. Et que le numérique doit être à la fois émancipateur, choisi et soutenable pour être acceptable.</p>
<figure class="post__image"><img loading="lazy"  src="https://louisderrac.com/media/posts/447/numerique-acceptable-2.2.png" alt="Le triangle du numérique* acceptable : Émancipateur et non aliénant. Choisi et non subi. Soutenable socialement et écologiquement. * Le numérique étant ici vu comme l'ensemble des technologies, équipements, infrastructures, terminaux traitant de l'information numérique." width="1600" height="1072" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/numerique-acceptable-2.2-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/numerique-acceptable-2.2-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/numerique-acceptable-2.2-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/numerique-acceptable-2.2-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/numerique-acceptable-2.2-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/numerique-acceptable-2.2-2xl.png 1920w"></figure>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">Penser en terme de numérique acceptable amène par ailleurs deux niveaux de réflexion et deux approches complémentaires. <span style="font-size: inherit;">Un numérique pensé hors des limites écologiques et sociales du capitalocène peut amener à développer une approche philosophique et éthique : quelle est la juste place du numérique dans la société ? En revanche, u</span><span style="font-size: inherit;">n numérique pensé avec les limites écologiques et sociales oblige à développer une approche politique : quelle démocratie technique ? Comment décider quel numérique autoriser, réguler, interdire ?</span></p>
</div>
<div class="el-h2">
<h2 id="mcetoc_1j8t7pvgtbn" dir="auto" data-heading="Pas n'importe comment : une éducation (technocritique) au numérique">Pas n'importe comment : une éducation (technocritique) au numérique</h2>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">Pour que l'éducation au numérique ne soit pas qu'un accompagnement à la transformation numérique, elle doit être technocritique. Pour celà, quelques rappels.</p>
</div>
<div class="el-p">
<h3 id="mcetoc_1j8t7pvgtbo" dir="auto"><span style="font-size: inherit;">La technologie n’est ni bonne, ni mauvaise, ni neutre</span></h3>
<p dir="auto"><span style="font-size: inherit;">Cette formule de l'historien des techniques Melvin Kranzberg mérite d’être beaucoup plus enseignée et diffusée. La neutralité est un mythe : chaque technologie porte en elle des valeurs, des biais, des logiques de pouvoir, des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Affordance"  class="extlink extlink-icon-1"  >affordances</a>. Elle n’est pas un simple instrument, mais un acteur social qui transforme les rapports humains, les structures économiques, les modes de pensée. Dire qu’elle n’est pas neutre, c’est reconnaître qu’elle se politise dès sa conception et qu’il nous appartient, en tant que citoyens, de la réclamer, de la questionner, de la réorienter. Comme le dit </span><a href="https://pluralistic.net/2024/04/01/human-in-the-loop/#monkey-in-the-middle" style="font-size: inherit;" class="extlink extlink-icon-1"  >Cory Doctorow</a><span style="font-size: inherit;"> : « Le problème d’une technologie n’est pas ce qu’elle fait : c’est pour qui elle le fait et à qui elle le fait »</span><span style="font-size: inherit;">.</span></p>
<p class="msg msg--info" dir="auto">Lire aussi : <a href="#non-existing-post-with-id-370">« Les outils techniques sont neutres, prenez ce couteau par exemple »</a></p>
<figure class="post__image"><img loading="lazy"  src="https://louisderrac.com/media/posts/447/neutralite-technique-xl-2xl-2xl.png" alt="" width="1200" height="685" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/neutralite-technique-xl-2xl-2xl-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/neutralite-technique-xl-2xl-2xl-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/neutralite-technique-xl-2xl-2xl-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/neutralite-technique-xl-2xl-2xl-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/neutralite-technique-xl-2xl-2xl-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/neutralite-technique-xl-2xl-2xl-2xl.png 1920w"></figure>
</div>
<div class="el-p">
<h3 id="mcetoc_1j8t7pvgtbp" dir="auto">Le progrès technique n’est pas linéaire</h3>
<p dir="auto">Contrairement à l’idée répandue d’une ascension continue (des outils de pierre aux smartphones en passant par les machines à vapeur), le progrès technique ne suit aucune trajectoire droite ni inéluctable. Il connaît des ruptures, des retards, des impasses, des régressions même. Certaines technologies disparaissent, d’autres sont abandonnées non par manque d’efficacité, mais par manque d’intérêt économique ou politique. L’histoire est pleine d’inventions prometteuses restées dans les tiroirs, ou de savoir-faire perdus, comme les techniques romaines de béton hydraulique, ou les systèmes d’irrigation précolombiens. Le progrès n’est pas une marche triomphale, mais un paysage accidenté, façonné par des hasards, des crises, des choix humains. Il n’y a pas de « marche en avant » automatique, seulement des directions choisies, ou le plus souvent imposées.</p>
</div>
<div class="el-p">
<h3 id="mcetoc_1j8t7pvgtbq" dir="auto">Le progrès technique n’est pas déterminé</h3>
<p dir="auto">L'histoire des techniques nous enseigne qu'il n’existe pas de destin technologique. Les innovations ne surgissent pas comme des fatalités, mais comme des produits de contextes sociaux, économiques, culturels et politiques. Ce n’est pas la technologie qui dicte le cours de l’histoire, c’est l’inverse. Le smartphone n’était pas <em>destiné</em> à devenir un outil de surveillance de masse, ni l’IA à servir de machine à optimiser la productivité au détriment du bien-être. Ces usages sont le résultat de décisions, d’intérêts, de rapports de force. Le progrès technique n’est pas une loi de la nature, c’est une construction humaine, donc modifiable, contestable, réorientable.</p>
</div>
<div class="el-p">
<h3 id="mcetoc_1j8t7pvgtbr" dir="auto">Progrès technique ≠ progrès social</h3>
<p dir="auto"><span style="font-size: inherit;">Il est tentant, voire rassurant, de croire que plus la technologie avance, plus la société s’améliore. Or, cette équation est fausse, et dangereuse. Un outil peut être « révolutionnaire » techniquement sans être émancipateur. Il n’y a pas de lien automatique entre innovation technique et amélioration des conditions de vie. Bien au contraire : sans régulation, sans éthique, sans démocratie technique, le progrès technique peut creuser les inégalités, accélérer l’exploitation, et détruire les conditions même de la vie commune. Le vrai progrès social, c’est celui que nous décidons ensemble, pas celui que nous subissons en silence.</span></p>
<figure class="post__image"><img loading="lazy" src="https://louisderrac.com/media/posts/447/framameme2.png" alt="" width="600" height="778" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme2-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme2-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme2-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme2-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme2-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme2-2xl.png 1920w">
<figcaption>Mème réalisé sur <a href="https://framamemes.org"  class="extlink extlink-icon-1"  >Framamème</a></figcaption>
</figure>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">Proposer une éducation technocritique au numérique, c'est faire vivre cette très belle maxime que j'ai <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-chemins-de-la-philosophie/bernard-stiegler-il-ne-faut-pas-rejeter-les-techniques-mais-les-critiquer-et-les-transformer-6891235"  class="extlink extlink-icon-1"  >paraphrasé de Bernard Stiegler</a> : <strong>comprendre le numérique, pour pouvoir le critiquer et le transformer</strong>. Pour comprendre le numérique, il faut développer sa culture et ses compétences numériques. Pour le critiquer, il faut développer son esprit critique et sa compréhension des enjeux multiples du numérique. Enfin, pour transformer le numérique, il faut développer son imagination et son pouvoir d'agir : voter, manifester, signer des tribunes, se réunir en association, construire des alternatives, etc.</p>
</div>
<div class="el-h2">
<h2 id="mcetoc_1j8t7pvgtbs" dir="auto" data-heading="Et en pratique ?">Et en pratique ?</h2>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">Même s'il m'arrive occasionnellement de faire des ateliers devant des publics, cela reste assez rare. Je ne veux donc absolument pas donner de leçons aux profs et médiateurices numériques qui sauront bien mieux que moi partager leurs scénarios pédagogiques visant une éducation technocritique au numérique. Je les partagerai d'ailleurs moi-même volontiers, <a href="https://numeriquoi.arclunum.fr/" data-tooltip-position="top" aria-label="https://numeriquoi.arclunum.fr/"    target="_blank" class="external-link extlink extlink-icon-1"  rel="noopener nofollow">notamment sur Numériquoi</a>. Mais voici trois illustrations pour vous partager un peu l'état d'esprit du changement de posture que je propose.</p>
</div>
<div class="el-h3">
<h3 id="mcetoc_1j8t7pvgtbt" dir="auto" data-heading="Exemple 1 : enseigner l'utilisation de Google, versus comprendre, critiquer et transformer les moteurs de recherche">Enseigner l'utilisation de Google versus comprendre, critiquer et transformer les moteurs de recherche</h3>
<p><span style="font-size: inherit;">L'idée ici, c'est de dépasser un moteur de recherche (par ex. Google) pour en apprendre les principes plus généraux, et de passer d'un usage passif et aliénant à des pratiques beaucoup plus variées, réflexives et émancipatrices.</span></p>
<p>Cela consiste en c<span style="font-size: inherit;">omprendre techniquement et économiquement le fonctionnement des moteurs de recherche. Ensuite, c</span><span style="font-size: inherit;">ritiquer les limites de l’infomédiation par les moteurs de recherche. Et enfin, d</span><span style="font-size: inherit;">écouvrir des alternatives plus éthiques : Duckduckgo, Qwant, Kagi, Mojeek, Clew, etc. Ou alors, proposer sa propre alternative, avec un nouveau modèle économique.</span></p>
</div>
<div class="el-ul">
<figure class="post__image"><img loading="lazy" src="https://louisderrac.com/media/posts/447/framameme.png" alt="Mème basé sur Drake don't like / like. En haut : Enseigner l'utilisation de Google. En bas : Comprendre critiquer transformer les moteurs de recherche" width="600" height="600" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme-2xl.png 1920w">
<figcaption>Mème réalisé sur <a href="https://framamemes.org"  class="extlink extlink-icon-1"  >Framamème</a></figcaption>
</figure>
<h3 id="mcetoc_1j8t7pvgtbu">Installer un bloqueur de publicités versus comprendre, critiquer et transformer le capitalisme de surveillance</h3>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">Au delà de la solution au problème (ici la publicité ciblée), il est indispensable de comprendre et de questionner ou critiquer les causes : le capitalisme de surveillance, le modèle économique de la publicité ultra-ciblée et de la captation/utilisation/revente de données personnelles.</p>
<p dir="auto"><span style="font-size: inherit;">Cela peut amener à des activités de type d</span><span style="font-size: inherit;">ébats entre élèves (avec/sans rôles prédéfinis), ou à l'im</span><span style="font-size: inherit;">agination et la conception d’alternatives.</span></p>
<figure class="post__image"><img loading="lazy" src="https://louisderrac.com/media/posts/447/framameme8.png" alt="Mème de base Anakin and Padme 4-Panel. Panneau 1 : On va installer des bloqueurs de pubs ! Panneau 2 : Et critiquer le capitalisme de surveillance ! Panneau 4 : et critiquer le capitalisme de surveillance ???" width="600" height="600" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme8-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme8-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme8-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme8-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme8-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme8-2xl.png 1920w">
<figcaption>Mème réalisé sur <a href="https://framamemes.org"  class="extlink extlink-icon-1"  >Framamème</a></figcaption>
</figure>
</div>
<div>
<h3 id="mcetoc_1j8t7pvgtbv" dir="auto" data-heading="Exemple 3 : enseigner les usages consommateurs et aliénants, ou les pratiques contributrices et émancipatrices ?">Enseigner les usages consommateurs et aliénants, ou les pratiques contributrices et émancipatrices ?</h3>
</div>
<div class="el-p">
<p dir="auto">D’espace utopique de partage, <a data-tooltip-position="top" aria-label="https://louisderrac.com/le-web-nest-pas-quun-supermarche/" rel="noopener nofollow" class="external-link" href="https://louisderrac.com/le-web-nest-pas-quun-supermarche/" target="_blank">le web est devenu un supermarché</a>. Les internautes partagent de moins en moins, et consomment passivement de plus en plus. Il me semble indispensable de transmettre des pratiques contributrices et émancipatrices.</p>
<p dir="auto">Et voici quelques e<span style="font-size: inherit;">xemples d’activités de contribution au web : contribuer à des a</span><span style="font-size: inherit;">rticles Wikipédia, créer des w</span><span style="font-size: inherit;">ebradios et des webjournaux, contribuer</span><span style="font-size: inherit;"> au logiciel libre, pa</span><span style="font-size: inherit;">rticipation à des communautés en ligne, c</span><span style="font-size: inherit;">réer et partager des mèmes créatifs, etc. En réalité, les possibilités sont infinies. Ce qui compte c'est de créer et de partager. Ce qui compte, c'est d'apprendre à publier (avec toute l'éducation aux médias que cela implique).</span></p>
</div>
<div class="el-ul">
<figure class="post__image"><img loading="lazy" src="https://louisderrac.com/media/posts/447/framameme5.png" alt="Le mème Uno: Draw 25. à gauche, contribue au partage de connaissance du web ou pioche 25 cartes. A droite, le joueur a pioché 25 cartes" width="600" height="591" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme5-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme5-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme5-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme5-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme5-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/447/responsive/framameme5-2xl.png 1920w">
<figcaption>Mème réalisé sur <a href="https://framamemes.org"  class="extlink extlink-icon-1"  >Framamème</a></figcaption>
</figure>
<h2 id="mcetoc_1j8t7pvgtc1">Conclusion</h2>
</div>
<div class="el-p">
<div id="messages-container" class="overflow-visible max-lg:px-4 relative w-full flex-1 overflow-y-scroll">
<div data-index="15">
<article class="mx-auto flex w-full gap-3 md:max-w-2xl xl:max-w-3xl group/message-item text-content-default-primary relative focus:outline-none flex-row pb-10" tabindex="-1">
<div class="flex flex-1 flex-col space-y-2 overflow-hidden items-start pt-1">
<div class="break-words w-full text-left">
<div class="markdown text-content-default-primary w-full [&amp;&gt;*:last-child]:mb-0">
<p class="mb-3 leading-relaxed"><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-meilleur-des-mondes/entretien-avec-fred-turner-un-penseur-critique-dans-la-silicon-valley-4627670"  class="extlink extlink-icon-1"  >Comme le disait Fred Turner</a>, «<span style="font-size: inherit;"> il n'y a jamais eu un internet utopique, il y a eu des histoires sur un internet qui aurait rendu l'amérique utopique, mais ce n'était que des histoires »</span>. Ce mythe, vendu par une Silicon Valley qui voulait se présenter comme progressiste, s’est définitivement effondré. Grâce au travail des chercheur·euse·s en histoire, sociologie ou sciences politiques, on sait aujourd’hui que ces technologies ont toujours été façonnées par des intérêts économiques, des pouvoirs, des idéologies. Rien de tout ça n’était neutre, déterminé, inévitable.</p>
<p>Par ailleurs, on ne peut plus ignorer les limites : écologiques, sociales, humaines. On sait que le numérique coûte, pollue, divise, concentre le pouvoir. Ce n’est plus une question de « progresser », mais de choisir : quel numérique on veut, par qui, pour qui, à quel prix. Et c’est là que l’éducation entre en jeu.</p>
<p class="mb-3 leading-relaxed">Éduquer au numérique, ce n’est pas seulement apprendre à l’utiliser, mais à le comprendre, le critiquer, le transformer. C’est former des citoyen·ne·s capables de dire : <em>non, ceci n’est pas acceptable</em>, et de proposer autre chose. Pas de le subir, mais de le réinventer. <span style="font-size: inherit;">C'est un véritable défi. Le défi d'éduquer à un numérique acceptable.</span></p>
</div>
</div>
</div>
</article>
</div>
</div>
</div>
            ]]>
        </content>
    </entry>
    <entry>
        <title>Le « droit au non-numérique » fait son apparition dans les collectivités</title>
        <author>
            <name>Louis Derrac</name>
        </author>
        <link href="https://louisderrac.com/le-droit-au-non-numerique-fait-son-apparition-dans-les-collectivites/"/>
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            <category term="Éducation"/>
            <category term="Politique"/>
            <category term="Numérique"/>
            <category term="Inclusion numérique"/>

        <updated>2025-06-13T09:06:16+02:00</updated>
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                    J'en ai parlé à plusieurs reprises sur ce site (liens en fin d'article) en évoquant la numérisation des services publics : il me semble que&hellip;
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            <![CDATA[
                    <p><img src="https://louisderrac.com/media/posts/420/dither_it_cdc-aMIiBe1Lnno-unsplash.png" class="type:primaryImage" alt="Image de couverture de l&#x27;étude de cas titrant : Le « droit au non-numérique », une piste de lutte contre la fragilité numérique ?Etude de cas à Ecully et dans le quartier Les Sources — Le Pérollier" /></p>
                <p>J'en ai parlé à plusieurs reprises sur ce site (liens en fin d'article)  en évoquant la numérisation des services publics : il me semble que pour garantir l'équité dans l'accès aux droits, le « droit au non-numérique » (terme que je n'employais pas jusqu'à récemment) est indispensable. Car dans un État de droit, je crois qu'on ne peut pas imposer à une partie de la population, même minoritaire, de « passer au numérique » (comprendre : s'équiper, se former continuellement, etc.). C'est tout le sens du <a href="https://louisderrac.com/numerique-acceptable/">numérique acceptable</a> que je propose depuis trois ans comme un outil d'aide à la réflexion : ce numérique doit être émancipateur, soutenable (écologiquement et socialement). Et il doit être choisi démocratiquement. Or, le fait est que la numérisation de la société, que ce soit dans son principe même ou dans ses modalités, n'a jamais été débattue et décidée collectivement.</p>
<figure class="post__image post__image--center"><img loading="lazy"  src="https://louisderrac.com/media/posts/420/numerique-acceptable-2.2-1024x686-lg.png" alt="Le numérique* acceptable : Émancipateur et non aliénant. Choisi et non subi. Soutenable socialement et écologiquement. * Le numérique étant ici vu comme l'ensemble des technologies, équipements, infrastructures, terminaux traitant de l'information numérique." width="1024" height="686" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/numerique-acceptable-2.2-1024x686-lg-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/numerique-acceptable-2.2-1024x686-lg-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/numerique-acceptable-2.2-1024x686-lg-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/numerique-acceptable-2.2-1024x686-lg-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/numerique-acceptable-2.2-1024x686-lg-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/numerique-acceptable-2.2-1024x686-lg-2xl.png 1920w"></figure>
<p>Jusque là, c'était de la théorie. J'ai donc été ravi, fin 2023, d'apprendre que la ville de Villeurbanne expérimentait un « <a href="https://www.villes-internet.net/actions/634d2326cea9176a187e061f"  class="extlink extlink-icon-1"  >droit au non-numérique</a> », palliant donc à la numérisation forcée et forcenée de la société par l'État, les opérateurs publics et les entreprises privées.</p>
<blockquote>
<p>Depuis octobre 2023, les villeurbannais profitent d’un « droit au non-numérique ». Concrètement, la ville de Villeurbanne offre systématiquement une alternative non-numérique à ses citoyens : un guichet, une ligne téléphonique, ou un service dédié aux courriers. Ce droit s’applique aussi aux personnes morales : par exemple, la nouvelle plateforme en ligne de demandes de subventions est doublée de permanences pour offrir une alternative aux structures. Pour Gaëtan Constant, l’adjoint en charge de la lutte contre la fracture numérique, le droit au non-numérique répond aux impératifs d’accessibilité et d’adaptabilité qui s’imposent aux services publics.</p>
</blockquote>
<p>Et aujourd'hui, je suis également très heureux de voir sortir une étude de cas, réalisée à Écully (en banlieue ouest de Lyon), et intitulée <em>Le « droit au non-numérique », une piste de lutte contre la fragilité numérique ?</em> Cette étude a été commandée fin 2024 par l'équipe <a href="https://resin.grandlyon.com/actualites/details/le-droit-au-non-numerique-une-piste-de-lutte-contre-la-fragilite-numerique"  class="extlink extlink-icon-1"  >Inclusion numérique de la Métropole de Lyon</a>, qui a mandaté l'<a href="https://www.urbalyon.org/fr"  class="extlink extlink-icon-1"  >agence d'urbanisme de l'aire métropolitaine de Lyon</a>.</p>
<figure class="post__image"><img loading="lazy"  src="https://louisderrac.com/media/posts/420/Capture-decran-du-2025-06-13-08-53-22-2-2xl.png" alt="Image de couverture de l'étude de cas titrant : Le « droit au non-numérique », une piste de lutte contre la fragilité numérique ?Etude de cas à Ecully et dans le quartier Les Sources — Le Pérollier" width="1608" height="1263" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-08-53-22-2-2xl-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-08-53-22-2-2xl-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-08-53-22-2-2xl-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-08-53-22-2-2xl-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-08-53-22-2-2xl-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-08-53-22-2-2xl-2xl.png 1920w"></figure>
<p>Une étude à faire tourner largement dans les collectivités, pour dépasser le caractère inéluctable d'une numérisation subie qui cause des souffrances sociales énormes, des inégalités d'accès aux droits les plus basiques, et qui représente, j'en suis convaincu, un enjeu indépassable (rapidité des évolutions techniques, hausse croissante des cybermenaces/cyberprotections, etc.).</p>
<p><a href="https://kdrive.infomaniak.com/app/share/179916/eb4a3648-ca9f-40ef-985c-996be07367ce"  class="btn extlink extlink-icon-1"  >Télécharger l'étude</a></p>
<h2>Morceaux choisis</h2>
<blockquote>
<p>« Je n’aime pas le côté obligatoire. J’aimerais avoir le choix. » Une habitante d’Ecully à la retraite</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p>Cette analyse croisée met en exergue une convergence essentielle entre toutes les personnes interrogées : un accès aux services publics ne doit pas être conditionné exclusivement par l’usage d’Internet. Tant les professionnels que les publics reconnaissent la nécessité de maintenir des alternatives non-numériques, accompagnées d’un soutien humain renforcé, pour garantir l’égalité d’accès aux démarches administratives. Les parties conviennent qu’une centralisation des procédures et une coordination accrue entre les différents services publics contribueraient à limiter les renvois et à simplifier les démarches pour les usagers.</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p>« On numérise sans se poser la question des conséquences. Il y a un enjeu  d’argumentation, de plaidoyer auprès des décideurs. » Une professionnelle du développement social urbain à Ecully</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p>Les personnes interrogées dans le cadre de cette étude sont toutes favorables à la mise en place d’un droit opposable au non-numérique, afin de reconnaître officiellement la possibilité pour les usagers de ne pas recourir obligatoirement à Internet. Ce<br>droit devient particulièrement important pour les cas de situations sensibles ou complexes (demande de retraite, décès, maladie, etc.). L’avis général est qu’un droit au non-numérique serait un atout pour les publics et les professionnels qui en ont besoin</p>
</blockquote>
<p>Et pour revenir sur l'essentiel, une petite capture d'écran :</p>
<figure class="post__image" ><img loading="lazy" src="https://louisderrac.com/media/posts/420/Capture-decran-du-2025-06-13-09-01-26.png" alt="L’essentiel : ce que l’on peut retenir 1. Maintien d’alternatives non-numériques : Il est indispensable de conserver des guichets phy- siques, le recours au papier et des services téléphoniques pour garantir l’accès aux démarches adminis- tratives aux publics peu à l’aise avec le numérique, et notamment pour les démarches les plus complexes ou celles qui sont réalisées le moins fréquemment. 2. Accompagnement humain renforcé : Un soutien personnalisé, assuré par des conseillers formés et déployés dans des structures de proximité, est essentiel pour aider les usagers vulnérables et sécuriser leur accès aux droits. 3. Choix effectif pour les usagers : La possibilité de choisir entre démarches numériques et non- numériques est cruciale pour éviter l’exclusion et offrir une réponse adaptée aux besoins de chacun. 4. Défis de faisabilité et de pérennité : La mise en œuvre d’un droit au non-numérique doit intégrer les contraintes financières et organisationnelles, en veillant à ce que les solutions proposées restent durables face aux évolutions technologiques. 5. Sécurité et accessibilité : En offrant une alternative à la dématérialisation, il est possible de réduire les risques liés aux démarches en ligne (erreurs administratives, piratage) et d’assurer un accès plus équitable aux services publics" width="1377" height="778" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-09-01-26-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-09-01-26-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-09-01-26-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-09-01-26-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-09-01-26-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/Capture-decran-du-2025-06-13-09-01-26-2xl.png 1920w">
<figcaption >Un petit tableau de synthèse</figcaption>
</figure>
<h2>EDIT : du « droit au non numérique » au « droit à la médiation administrative »</h2>
<p>Je reprends ici un commentaire que m'a fait Thomas Macaluso, chercheur à l'ANCT dans le programme société numérique. Je suis tout à fait d'accord avec lui : le « droit au non numérique » devrait s'accompagner du « droit à la médiation administrative ».</p>
<blockquote>
<p>Concernant le sujet des démarches administratives en ligne, il faut veiller à ne pas faire l'amalgame entre vulnérabilité numérique et vulnérabilité administrative. Les principales difficultés rencontrées dans la réalisation de démarches administratives en ligne ne sont pas liées au manque de compétence numérique des individus (<a href="https://labo.societenumerique.gouv.fr/fr/articles/d%C3%A9marches-administratives-en-ligne-les-principales-difficult%C3%A9s-ne-sont-pas-li%C3%A9es-au-manque-de-comp%C3%A9tence-num%C3%A9rique/"  class="extlink extlink-icon-1"  >source</a>) mais bien davantage au manque de compétence administrative mis en exergue par la numérisation de la relation administrative (désintermédiation de la relation citoyen.ne-administration). Ainsi, l'accompagnement à la réalisation des démarches administratives en ligne doit s'appuyer sur une articlation entre la médiation numérique et la médiation admnistrative (cf schéma ci-dessous). Si elle est nécessaire pour les bénéficiaires en vue de l'accès aux droits, elle est également essentielle pour les professionnel.les de l'accompagnement au risque d'éprouver une véritable "épreuve de professionnalité", basée sur la différence entre ce qu'ils/elles considèrent devoir faire et ce qu'ils/elles font réellement (<a href="https://labo.societenumerique.gouv.fr/fr/articles/d%C3%A9marches-administratives-en-ligne-les-principales-difficult%C3%A9s-ne-sont-pas-li%C3%A9es-au-manque-de-comp%C3%A9tence-num%C3%A9rique/"  class="extlink extlink-icon-1"  >cf. étude du labo Société numérique</a>). <strong>Le "droit au non numérique" devrait donc s'accompagner du "droit à la médiation administrative". </strong></p>
</blockquote>
<figure class="post__image"><img loading="lazy"  src="https://louisderrac.com/media/posts/420/1750070901038.png" alt="" width="1280" height="904" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/1750070901038-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/1750070901038-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/1750070901038-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/1750070901038-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/1750070901038-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/420/responsive/1750070901038-2xl.png 1920w"></figure>
<h2>Autres articles en lien</h2>
<ul>
<li><a href="https://louisderrac.com/budget-2025-ou-va-linclusion-numerique/">Budget 2025 : où va l'inclusion numérique ?</a> </li>
<li><a href="https://louisderrac.com/inclusion-numerique-quelle-typologie-dusages-pour-quelles-competences-et-quelles-finalites/">Inclusion numérique : quelle typologie d'usages pour quelles compétences (et quelles finalités) ?</a></li>
<li><a href="https://louisderrac.com/eduquer-au-numerique-daccord-mais-pas-nimporte-lequel-et-pas-nimporte-comment/">Éduquer au numérique d'accord. Mais pas n'importe lequel et pas n'importe comment</a></li>
</ul>
            ]]>
        </content>
    </entry>
    <entry>
        <title>Tech anti-sociale vs pro-sociale</title>
        <author>
            <name>Louis Derrac</name>
        </author>
        <link href="https://louisderrac.com/tech-anti-sociale-vs-pro-sociale/"/>
        <id>https://louisderrac.com/tech-anti-sociale-vs-pro-sociale/</id>
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            <category term="Réseaux sociaux"/>

        <updated>2025-06-12T12:41:09+02:00</updated>
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                <![CDATA[
                        <img src="https://louisderrac.com/media/posts/417/dither_it_mehdi-genest-o8afl8Q1ZGk-unsplash.jpg" alt="une image de moutons qui vous regardent" />
                    Faut-il interdire tous les réseaux sociaux au moins de X ans, ou certains réseaux sociaux toxiques à tout le monde ? Vu sur un post&hellip;
                ]]>
            </summary>
        <content type="html">
            <![CDATA[
                    <p><img src="https://louisderrac.com/media/posts/417/dither_it_mehdi-genest-o8afl8Q1ZGk-unsplash.jpg" class="type:primaryImage" alt="une image de moutons qui vous regardent" /></p>
                <p><em>Faut-il interdire tous les réseaux sociaux au moins de X ans, ou certains réseaux sociaux toxiques à tout le monde ?</em></p>
<p>Vu sur un <a href="https://www.linkedin.com/posts/julien-falgas_quels-sont-les-crit%C3%A8res-sens%C3%A9s-d%C3%A9finir-activity-7338850409886703617-jXlX?utm_source=share&amp;utm_medium=member_desktop&amp;rcm=ACoAAAPeHHoBJJ3QFMJoP_ETxFww2-hDNFuRZlQ"  class="extlink extlink-icon-1"  >post LinkedIn de Julien Falgas</a> (également <a href="https://piaille.fr/@julienfalgas/114669572287783586"  class="extlink extlink-icon-1"  >publié sur Mastodon</a>), dans le contexte actuel de vélléités d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.</p>
<p>Ce schéma provient d'un <em>blueprint</em> (que je traduirais par schéma directeur, mais ce n'est peut-être pas la meilleure traduction) de trois organisations que je ne connaissais absolument pas : le <a href="https://techandsocialcohesion.org"  class="extlink extlink-icon-1"  ><em>Council on Technology and Social Cohesion</em></a>, le <a href="https://kroc.nd.edu"  class="extlink extlink-icon-1"  >Kroc Institute</a> et le <a href="https://toda.org"  class="extlink extlink-icon-1"  >Toda Peace Institute</a>.</p>
<p>Et ce schéma directeur est rempli de trucs intéressants, il faut que je trouve le temps de m'y plonger. En particulier, Julien a débusqué ce tableau comparatif de la tech « antisociale » et de la tech « pro-sociale ». Et comme il le dit très bien :</p>
<blockquote>
<p>Les plateformes antisociales fonctionnent comme des courtiers en données et des plateformes publicitaires, là où les plateformes prosociales fonctionnent comme des services publics conçus pour le bien commun. <strong>Tout le reste en découle : choix des métriques, collecte de données, systèmes de recommandation, design d'expérience</strong>.</p>
</blockquote>
<figure class="post__image post__image--center"><img loading="lazy"  src="https://louisderrac.com/media/posts/417//tech-sociale-antisociale.png" alt="# Tech antisociale  - Monétisation : fonctionnent comme des courtiers en données et des plateformes publicitaires. - Métriques : utilisent des indicateurs tels que les utilisateurs actifs quotidiens, les clics, le temps passé sur la plateforme. - Données : confidentialité minimale, collecte de données maximale. - Systèmes de recommandation : amplifient le contenu hautement émotionnel, encouragent l'indignation et le contenu qui divise. - Conception UX : réduisent l'action humaine avec des astuces de conception manipulatrices pour maximiser l'engagement de l'utilisateur ; sapent involontairement la cohésion sociale.  # Tech prosociale  - Monétisation : fonctionnent comme des services publics conçus pour le bien commun. - Mesures : utilisent des indicateurs tels que la satisfaction déclarée par les utilisateurs sur la communication entre les groupes. - Données : maximisent la vie privée, minimisent la collecte de données ; privacy by design. - Systèmes de recommandation : amplifient les sources fiables, encouragent les domaines d'accord entre les groupes. - Conception UX : maximisent l'action humaine et le contrôle de l'expérience de l'utilisateur ; conçues pour renforcer la cohésion sociale." width="1029" height="523" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/417//responsive/tech-sociale-antisociale-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/417//responsive/tech-sociale-antisociale-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/417//responsive/tech-sociale-antisociale-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/417//responsive/tech-sociale-antisociale-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/417//responsive/tech-sociale-antisociale-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/417//responsive/tech-sociale-antisociale-2xl.png 1920w"></figure>
<p><a href="https://techandsocialcohesion.org/wp-content/uploads/2025/06/Blueprint-on-Prosocial-Tech-Design-Governance-May-2025.pdf"  class="extlink extlink-icon-1"  ></a><a href="https://techandsocialcohesion.org/wp-content/uploads/2025/06/Blueprint-on-Prosocial-Tech-Design-Governance-May-2025.pdf"  class="extlink extlink-icon-1"  >Le lien du <em>blueprint </em>(schéma directeur)</a></p>
<p>La question d'interdire ou pas les réseaux sociaux, certains réseaux sociaux, à tout ou partie de la population est évidemment une question compliquée. Et j'ai déjà eu l'occasion d'exprimer une partie de ma position dans un article : <a href="https://louisderrac.com/eduquer-au-numerique-dans-la-ligne-de-crete-entre-paniques-morales-et-technorassurisme/">Éduquer au numérique dans la ligne de crête entre « paniques morales » et technorassurisme</a>.</p>
<p>Mais pour faire simple, je vais totalement dans le sens de Julien : « ce que l'on doit réguler, ce ne sont pas "les réseaux sociaux", mais bien les activités de courtage de données et de publicité en ligne ». Je le formule autrement <a href="https://louisderrac.com/eduquer-au-numerique-dans-la-ligne-de-crete-entre-paniques-morales-et-technorassurisme/">dans la conclusion de mon article</a> : « s'il faut interdire, puisque certain⋅e⋅s ne jurent que par ça, interdisons la publicité, les dark pattern, les monopoles, la lucrativité abusive, ou encore la captation de données personnelles ». </p>
<p>Je vais exprimer les choses très clairement : je suis fondamentalement pour interdire (ou réglementer sévèrement) <strong>certaines</strong> plateformes sociales dont le niveau de toxicité a atteint des limites irratrapables, selon moi. Comment juger de la toxicité d'une plateforme ? On peut reprendre un tableau du <em>blueprint</em> (décidemment très intéressant) partagé. Il liste les préjudices causés par les plateformes au marché, au social et à la politique.</p>
<figure class="post__image"><img loading="lazy"  src="https://louisderrac.com/media/posts/417/Capture-decran-du-2025-06-12-14-00-52.png" alt="Tableau qui liste les externalités négatives des plateformes numériques du point de vue du marché, du social et de la politique" width="1039" height="573" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/Capture-decran-du-2025-06-12-14-00-52-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/Capture-decran-du-2025-06-12-14-00-52-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/Capture-decran-du-2025-06-12-14-00-52-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/Capture-decran-du-2025-06-12-14-00-52-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/Capture-decran-du-2025-06-12-14-00-52-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/Capture-decran-du-2025-06-12-14-00-52-2xl.png 1920w"></figure>
<p>En matière de toxicité, je pense donc assez naturellement à Facebook et Instagram, à Youtube, à X, et à Tiktok bien sûr. Et je voudrais discuter de leur interdiction pour tout le monde, pas seulement pour les « jeunes ». D'ailleurs, il n'y aurait même pas réellement besoin d'interdire certains réseaux sociaux, il « suffirait » en réalité d'interdire la publicité ciblée pour que toutes ces entreprises (dont le modèle économique dépend à quasi 100%) s'effondrent d'elles-même. Ce qui laisserait un vide bénéfique pour faire émerger les alternatives numériques existantes et à venir.</p>
<p>Mais pour ça, il faudrait une légitimité démocratique (se basant sur des critères objectifs et une logique de coûts/bénéfices pour chaque réseau social), une éducation populaire aux enjeux du numérique (pour que la population comprenne en quoi ces plateformes sont devenues toxiques, et puisse se faire une opinion éclairée) et une énorme volonté politique. On en est assez loin...</p>
<p>Aujourd'hui, l'État coupe les budgets de l'éducation au numérique et de la médiation numérique (<a href="https://louisderrac.com/budget-2025-ou-va-linclusion-numerique/">qui n'a de toute façon jamais été une véritable volonté politique</a>), accueille toutes les big tech du moment à Vivatech (c'est en ce moment), et propose d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. La voie est longue...</p>
<p>🎶 Rédigé à la va-vite en écoutant Antisocial de Trust</p>
<p>Photo de <a href="https://unsplash.com/fr/@mrhdiphoto?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash"  class="extlink extlink-icon-1"  >Mehdi Genest</a> sur <a href="https://unsplash.com/fr/photos/photographie-en-niveaux-de-gris-agneau-o8afl8Q1ZGk?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash"  class="extlink extlink-icon-1"  >Unsplash</a></p>
<figure class="post__image" ><img loading="lazy" src="https://louisderrac.com/media/posts/417/framameme-2.png" alt="Meme type « Drake don't like / like » avec en haut « Interdire certains réseaux sociaux toxiques » et en bas « Interdire tous les réseaux sociaux aux jeunes »" width="1168" height="1168" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/framameme-2-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/framameme-2-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/framameme-2-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/framameme-2-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/framameme-2-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/417/responsive/framameme-2-2xl.png 1920w">
<figcaption >Généré avec https://framamemes.org – CC-0</figcaption>
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        <title>Quelques très bons sites et newsletters pour une veille culture numérique technocritique - édition 2025</title>
        <author>
            <name>Louis Derrac</name>
        </author>
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            <category term="Numérique"/>

        <updated>2025-05-12T15:04:44+02:00</updated>
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                    Aujourd'hui plus que jamais, il est indispensable de s'informer, avec exigence, gourmandise et esprit critique (y compris pour penser contre soi-même). Et ce dans tous&hellip;
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                    <p><img src="https://louisderrac.com/media/posts/377/dither_it_mike-hindle-urTBnMtWWYc-unsplash.png" class="type:primaryImage" alt="" /></p>
                <p>Aujourd'hui plus que jamais, il est indispensable de s'informer, avec exigence, gourmandise et esprit critique (y compris pour penser contre soi-même). Et ce dans tous les domaines. En matière de culture numérique, voici ma sélection personnelle ET actualisée (La dernière édition <a href="https://louisderrac.com/quelques-tres-bons-sites-et-newsletters-pour-une-veille-culture-numerique-technocritique/">datait de 2020</a>) de sites, newsletters et podcast permettant de réaliser une veille culture numérique, avec un angle technocritique. Deux précisions importantes. D'abord, cette liste est non exhaustive et sans ordre logique. Ensuite, la plupart (mais pas tous) de ces contenus sont en accès libre, mais pensez à donner à leurs autrices et auteurs, car créer du contenu de qualité représente un énorme investissement en temps !</p>
<p><a href="http://maisouvaleweb.fr"  class="extlink extlink-icon-1"  >Mais où va le web</a> : une des références du web technocritique, animée depuis 2014 par Irénée Régnauld et quelques invité·es. Beaucoup de recensions d'ouvrages technocritiques qu'on aimerait avoir le temps de lire soi-même.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net"  class="extlink extlink-icon-1"  >Internetactu</a> : le média archivé de la FING, association qui a hélas arrêté ses activités. Une tonne d'articles toujours accessibles (longtemps, on l'espère). Très très bon mais costaud !</p>
<p><a href="https://danslesalgorithmes.net/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Dans les algorithmes</a> : le nouveau projet journalistique d'<a href="https://hubertguillaud.wordpress.com/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Hubert Guillaud</a>, donc, soutenu par <a href="https://danslesalgorithmes.net/vecteur/"  class="extlink extlink-icon-1"  >l'association Vecteur</a>. « L’ambition du média [...] est de comprendre la société des calculs. Le média souhaite s’inspirer du travail produit aujourd’hui par celles et ceux qui réfléchissent aux impacts du numérique, à l’image d’AlgorithmWatch, de l’AI Now Institute, de Data &amp; Society… »</p>
<p><a href="https://www.bloodinthemachine.com/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Blood in the machine (EN)</a> : une excellente newsletter signée Brian Merchant, l'auteur du livre éponyme.</p>
<p><a href="https://synthmedia.fr/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Synth media</a> : autre bon média récent, technocritique, et plus grand public, « Synth vous aide à garder un œil critique sur la place de la tech et l’IA dans nos vies et nos imaginaires. »</p>
<p><a href="https://www.affordance.info"  class="extlink extlink-icon-1"  >Affordance</a> : le blog « science de l'information / billets d'humeur » de Olivier Ertzscheid. Une capacité de production qui m'impressionne mais qui ne se fait ni au détriment de la qualité du fond, ni sur le piquant de la forme. J'aime beaucoup, je ne suis pas toujours d'accord (et ça me plait), mais les articles sont (beaucoup) trop longs.</p>
<p><a href="https://www.numerama.com/newsletter-regle30-il-ny-a-pas-de-femmes-sur-internet/"  class="extlink extlink-icon-1"  >#Règle30</a> : L’actualité tech, de manière féministe et inclusive. La tech et le numérique sont des domaines beaucoup TROP masculins et excluants, donc cette newsletter fait plaisir !</p>
<p><a href="https://restofworld.org/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Rest of World (EN)</a> : un média indispensable pour se décentrer de nos imaginaires, pensées, et construction occidentalo-centrées. Et voir la tech au travers des yeux du « reste du monde » (comprendre : les pays du « sud global »).</p>
<p><a href="https://www.techtrash.fr"  class="extlink extlink-icon-1"  >Tech Trash</a> : la « newsletter bête et méchante ». Plus sérieusement, une newsletter qui aborde l'actualité Tech avec critique et humour. Et ça fait du bien, ça change des discours convenus, ça réveille, ça révolte parfois.</p>
<p><a href="https://www.wheresyoured.at/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Where's Your Ed At (EN)</a> : la newsletter très technocritique (et parfois acerbe) de Ed Zitron.</p>
<p><a href="https://www.meta-media.fr/2020/11/21/liens-vagabonds-accord-sur-les-droits-voisins-loi-sur-la-securite-globale-et-hegemonie-damazon.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >Meta Media</a> : Tous les samedis, Meta Media publie ses « liens vagabonds », une veille très complète autour des médias et du numérique : journalisme, nouveaux formats, GAFA, les sujets sont larges, il faudra faire le tri ! Une newsletter est aussi disponible.</p>
<p><a href="https://techologie.net/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Techologie</a> : par <a href="https://richardhanna.dev/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Richard Hanna</a>, le podcast qui questionne le rôle des technologies face aux enjeux écologiques. De longs entretien de fond, passionnants.</p>
<p><a href="https://limitesnumeriques.fr/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Limites numériques</a> : un projet de recherche entre design et informatique sur l'empreinte environnementale du numérique. Des publications précieuses (comme récemment sur le « forcing de l'IA ») et une newsletter indispensable !</p>
<p><a href="https://www.citationneeded.news/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Citation needed (EN)</a> : l'excellente newsletter de Molly White, qui fait un travail de critique de la tech (et notamment des cryptos) remarquable.</p>
<p><a href="https://mouton-numerique.org/publications/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Le Mouton Numérique</a> : un collectif de réflexion technocritique sur les enjeux que posent les technologies à nos sociétés. Beaucoup de débats à (re)visionner ou (ré)écouter, ainsi que de nombreuses publications et compte-rendus.</p>
<p><a href="https://tftt.ghost.io/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Tales from the tech</a> : une très chouette newsletter, sourcée, bien écrite, bien piquante, du renégat de la tech Thomas Beaufils.</p>
<p><a href="https://futuromium.fr"  class="extlink extlink-icon-1"  >Futuromium</a> : notes de veille et articles de fond par Dominique. Toujours passionnant !</p>
<p><a href="https://www.techwontsave.us"  class="extlink extlink-icon-1"  >Tech won't save us (EN)</a> : un podcast phare de la technocritique US, proposé par Paris Marx, qui explore avec critique l'industrie tech en général et la Silicon Valley en particulier. Il propose également un blog/newsletter (payant), <a href="https://www.disconnect.blog/about"  class="extlink extlink-icon-1"  >Disconnect</a>.</p>
<p><a href="https://technoculture.kessel.media/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Technoculture</a> : la newsletter de <a href="https://mathildesaliou.com/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Mathilde Saliou</a>, journaliste chez <a href="https://next.ink/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Next</a> notamment et qui propose « des réflexions sur la tech, des outils pratiques et de la culture (pas toujours) numérique, d'un point de vue féministe. »</p>
<p><a href="https://trench-tech.fr/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Trench Tech</a> : un talkshow à l'américaine, mais en français ! Le tout pour penser la tech, avec esprit critique. J'aime l'énergie du podcast, les interviews et les chroniques variées. C'est (très) grand public, et c'est une bonne chose.</p>
<p><a href="https://framablog.org"  class="extlink extlink-icon-1"  >Framablog</a> : le blog de l'incontournable association d'éducation populaire libriste. Des articles de fond, des traductions, et des billets d'humeurs s'y mélangent en bonne intelligence. Une grosse revue de presse (très engagée, et pas que tech) proposée chaque semaine par <a href="https://khrys.eu.org/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Khrys</a>. À noter également une revue de presse spéciale IA.</p>
<p>Petit bonus avec d'autres médias que je connais ou qu'on m'a conseillés, mais que je n'ai pas encore eu le temps de consulter régulièrement : <a href="https://tech-est-politique.eu/"  class="extlink extlink-icon-1"  >la tech est politique</a>, <a href="https://shows.acast.com/ia-qua-mexpliquer"  class="extlink extlink-icon-1"  >IA qu'à m'expliquer</a>, <a href="https://librarianshipwreck.wordpress.com/"  class="extlink extlink-icon-1"  >LibrarianShipwrech</a>.</p>
<p>Citons enfin quelques « gros » médias spécialisés dans la tech, qui s'ils ne sont pas foncièrement technocritiques, permettent d'alimenter sa propre compréhension des enjeux : <a href="https://www.wired.com/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Wired</a>, <a href="https://next.ink/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Next</a>, <a href="https://arstechnica.com"  class="extlink extlink-icon-1"  >Ars Technica</a>, <a href="https://themarkup.org"  class="extlink extlink-icon-1"  >The Markup</a>, ou encore <a href="https://www.404media.co/"  class="extlink extlink-icon-1"  >404 Media</a>. Leur travail d'investigation est essentiel.</p>
<p>Je propose moi-même une petite newsletter, sans véritable prétention éditoriale, si ce n'est de partager mes articles, mes réflexions et mes meilleures lectures (qui viendront souvent des sites suscités, vous l'aurez compris). Vous pouvez également suivre ma veille <a href="https://veille.louisderrac.com/"  class="extlink extlink-icon-1"  >directement sur ce site</a>. Et pour finir, vous pouvez, moi aussi, <a href="https://louisderrac.com/me-soutenir/">me soutenir dans mon travail bénévole de partage</a> !</p>
<p>
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</p>
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        <title>N&#x27;est-il pas (enfin) temps de boycotter massivement les big tech américaines ?</title>
        <author>
            <name>Louis Derrac</name>
        </author>
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        <updated>2025-01-09T12:31:52+01:00</updated>
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                    Le 4 mars (jour de mon anniversaire), entre deux moments de sidération face à l'actualité internationale, j'ai commis un nouvel article : Il devient urgent&hellip;
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                <p><!-- wp:paragraph {"className":"is-style-info"} --></p>
<p class="is-style-info">Le 4 mars (jour de mon anniversaire), entre deux moments de sidération face à l'actualité internationale, j'ai commis un nouvel article : <a href="https://louisderrac.com/il-devient-urgent-de-boycotter-les-services-numeriques-americains/">Il devient urgent de boycotter les services numériques américains</a><a href="https://louisderrac.com/il-devient-urgent-de-boycotter-les-services-numeriques-americains/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">.</a></p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Quel début d'année. Quel cauchemar. Entre <a href="https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/propos-de-donald-trump-sur-le-canada-le-gouvernement-canadien-affirme-qu-il-ne-reculera-jamais-face-aux-menaces_7000145.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >deux délires de Donald Trump</a>, et <a href="https://www.francetvinfo.fr/internet/elon-musk/elon-musk-des-ingerences-qui-inquietent-l-europe_7003298.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >Elon Musk qui s'ingère dans les élections européennes</a>, voilà que Mark Zuckerberg (dont le groupe Meta capte quand même un peu plus de 3 milliards d'humains, X joue dans une autre cour avec ses 250 millions d'utilisateurices actif·ves), décide lui aussi de rejoindre la danse.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>C'est <a href="https://www.facebook.com/zuck/videos/1525382954801931?utm_source=substack&amp;utm_medium=email"  class="extlink extlink-icon-1"  >dans une vidéo absolument lunaire</a> qu'il nous explique, au calme, sa vision de notre entrée « dans une ère nouvelle », et sa décision d'éliminer les fact-checkers du processus de modération des contenus partagés sur ses plateformes, de « <a href="https://opentermsarchive.org/fr/memos/meta-retire-des-protections-contre-les-discours-haineux/"  class="extlink extlink-icon-1"  >simplifier [les] principes de régulation et éliminer différentes restrictions</a> », ou encore de travailler avec Trump pour mettre la pression sur les pays (l'UE au premier chef) qui tentent de réguler les big tech américaines...</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>N'oublions pas que lire des articles de presse est la troisième raison d'utiliser des médias sociaux<sup>1</sup>, après le fait de rester en contact avec ses proches et remplir son temps libre. Qu'on s'en félicite ou qu'on s'en inquiète (personnellement, ça me pose un problème en effet, surtout si les infomédiaires prennent trop de place dans la stratégie d'accès à l'information), c'est un fait.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Si X est un cloaque de politiques et de journalistes qui se parlent en circuit quasi fermé, encerclés par des comptes passifs, des bots, des trolls et des militants (je caricature à peine), les plateformes de Meta (Facebook, Instagram, Whatsapp) sont quant à elles autrement <em>mainstream</em>. Touchez à la modération avec de telles audiences, et les dégâts seront terribles. Que ce soit pour l'accès à une information de qualité. Mais aussi pour garantir à chacun·e un espace sécurisé pour pouvoir s'exprimer sans crainte. Pour imaginer l'ampleur que pourraient prendre les dégâts, il suffit de repenser à quelques scandales ayant touché Facebook et le reste du groupe Meta<sup>2</sup> : <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Scandale_Facebook-Cambridge_Analytica"  class="extlink extlink-icon-1"  >Cambridge Analytica et l'ingérence sur le Brexit ou la première élection de Trump</a> (mais également de très nombreuses autres élections dont on a moins parlé, <a href="https://nymag.com/intelligencer/2018/03/what-was-cambridge-analytica-doing-in-developing-countries.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >dans des pays non occidentaux</a>), <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/09/29/massacre-des-rohingya-facebook-a-joue-un-role-central-dans-la-montee-du-climat-de-haine-en-birmanie_6143611_4408996.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >le massacre des Rohingya au Myanmar</a>. Les <a href="https://www.francetvinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/facebook/facebook-files-ce-qu-il-faut-retenir-des-revelations-accablantes-de-la-lanceuse-d-alerte-frances-haugen_4796783.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >déclarations de Frances Haugen</a> ou celles <a href="https://maisouvaleweb.fr/de-la-starification-des-lanceur%C2%B7ses-dalerte-de-la-tech/"  class="extlink extlink-icon-1"  >beaucoup moins médiatisées</a> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_Zhang_(lanceuse_d%27alerte)"  class="extlink extlink-icon-1"  >Sophie Zhang</a>. La liste est interminable.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Si vous me lisez, vous savez que ma conviction est faite depuis longtemps. Le groupe Meta est toxique. X est toxique. Dans leur grande majorité, les big tech de la Silicon Valley sont toxiques. Elles ont, j'en suis sincèrement convaincu, atteint un point de non-retour économique, politique et idéologique, que rien ne pourra corriger. Pas même la seule régulation européenne, puisqu'on voit qu'alors que la pression monte sur l'UE, <a href="https://next.ink/brief_article/union-europeenne-les-enquetes-contre-apple-meta-et-x-en-pause/"  class="extlink extlink-icon-1"  >elle semble déjà prête à se coucher</a>. Les lobbyistes de la tech US sont partout à Bruxelles. Il est temps de se réveiller, individuellement et collectivement. Il est temps de boycotter massivement ces plateformes, dans tous les espaces possibles, et leur préférer des alternatives (numérique ou analogiques) qui nous respectent.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Image à la une : <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boycott_des_bus_de_Montgomery#/media/Fichier:Rosa_parks_bus.jpg"  class="extlink extlink-icon-1"  >Le bus dans lequel Rosa Parks est montée le 1er décembre 1955, sur Wikipédia</a></p>
<h2>Notes de bas de page</h2>
<ol>
<li>Source : <a href="https://kdrive.infomaniak.com/app/share/179916/4608e2f6-55dd-490f-acb0-409084d07627"  class="extlink extlink-icon-1"  >Digital Report de We are social, page 221</a></li>
<li>Il existait jusqu'à peu <a href="https://dayssincelastfacebookscandal.com"  class="extlink extlink-icon-1"  >un site qui listait le nombre de jours écoulés depuis le dernier scandale de Facebook</a>. Hélas, ce site d'utilité publique semble HS. Si quelqu'un le retrouve ou l'héberge, je serais preneur.</li>
</ol>
<h2>Lire aussi</h2>
<p><a href="https://louisderrac.com/le-numerique-est-politique-et-les-organisations-dinteret-general-ont-toutes-les-raisons-de-sy-interesser/">Le numérique est politique, et les organisations d’intérêt général ont toutes les raisons de s’y intéresser !</a></p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p><a href="https://louisderrac.com/le-web-progressiste-aurait-interet-a-migrer-sur-mastodon-pas-sur-bluesky/">Le web progressiste aurait intérêt à migrer sur Mastodon, pas sur Bluesky</a></p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p><a href="https://louisderrac.com/transformer-le-numerique-des-pistes-pour-un-alternumerisme-radical">Transformer le numérique : des pistes pour un alternumérisme radical</a></p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
            ]]>
        </content>
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    <entry>
        <title>Tectonique des réseaux sociaux : quelques réflexions</title>
        <author>
            <name>Louis Derrac</name>
        </author>
        <link href="https://louisderrac.com/tectonique-des-reseaux-sociaux-quelques-reflexions/"/>
        <id>https://louisderrac.com/tectonique-des-reseaux-sociaux-quelques-reflexions/</id>
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            <category term="Réseaux sociaux"/>
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        <updated>2024-11-26T17:06:37+01:00</updated>
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                <![CDATA[
                        <img src="https://louisderrac.com/media/posts/363/kiosque.png" alt="" />
                    Pas mal encore de discussions et de réflexions en ce moment sur les réseaux sociaux. Je vous partage donc les miennes, sans prétentions (le sujet&hellip;
                ]]>
            </summary>
        <content type="html">
            <![CDATA[
                    <p><img src="https://louisderrac.com/media/posts/363/kiosque.png" class="type:primaryImage" alt="" /></p>
                <p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Pas mal encore de discussions et de réflexions en ce moment sur les <a href="https://louisderrac.com/tag/reseaux-sociaux/">réseaux sociaux</a>. Je vous partage donc les miennes, sans prétentions (le sujet est vaste et complexe) et un peu en vrac.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:separator {"className":"is-style-dots"} --></p>
<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"><!-- /wp:separator -->
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>D'abord, la sempiternelle question : faut-il quitter X, ou y rester ? <a href="https://louisderrac.com/a-propos/twitter/">J'ai déjà écrit sur le sujet</a>, <a href="https://louisderrac.com/2022/12/16/twitter-est-deja-devenu-le-nouveau-truth-social/">notamment cet article</a>. Certain⋅es disent que partir, c'est abandonner le terrain. Laisser les gens dans leur bulle. J'en doute réellement. Sur les réseaux sociaux dominants, cela fait longtemps que chacun vit dans sa bulle, des algorithmes de plus en plus précis et complexes (<a href="https://www.bbc.com/afrique/monde-59026719"  class="extlink extlink-icon-1"  >et en partie incompréhensibles même pour leurs développeur⋅se⋅s</a>) s'en assurent. Bien sûr qu'il faut parler avec tout le monde, y compris avec les gens d'extrême droite et les ultraconservateurs (et pareil pour l'extrême gauche d'ailleurs, même si <a href="https://www.francetvinfo.fr/politique/extreme-droite-extreme-gauche-mais-de-quoi-parle-t-on_427050.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >je ne mets pas d'équivalence entre les deux</a>). Mais pas dans des espaces tenus par leur frange la plus radicale, et conçus au bénéfice de leur frange la plus radicale. Je maintiens mon analogie : on doit pouvoir aller discuter avec l'extrême droite, mais on ne pourra pas le faire dans des bars d'extrême droite. Sur ce sujet, je vous conseille de lire <em><a href="https://video.blast-info.fr/w/oevEW8qxDGtK3GQHcqpeCC"  class="extlink extlink-icon-1"  >Pop fascisme. Comment l'extrême droite à gagné la bataille culturelle en ligne</a></em>, des journalistes spécialisés Maxime Macé et Pierre Plottu. Blast les a récemment invités à <a href="https://www.youtube.com/watch?v=63xnWgF1HPE"  class="extlink extlink-icon-1"  >parler de leur livre dans une émission</a>.</p>
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<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Puisque c'est de TwitterX dont on parle, je rappelle quelques chiffres issus de l'étude de référence <a href="https://datareportal.com/reports/digital-2024-france?rq=france"  class="extlink extlink-icon-1"  >Digital 2024 France</a> :</p>
<ul>
<li><span style="color: var(--text-primary-color); font-family: var(--editor-font-family); font-size: inherit; font-weight: var(--font-weight-normal);">30% des 16-64 ans utilisent X tous les mois (19% des femmes, et 41% des hommes). Mais seuls 4% le considèrent comme leur réseau social préféré (pages 59 et 60) =&gt; X n'est pas un réseau représentatif de la population, et il reste un tout petit réseau face à Facebook, Instagram, Tiktok</span></li>
<li><span style="color: var(--text-primary-color); font-family: var(--editor-font-family); font-size: inherit; font-weight: var(--font-weight-normal);">Twitter est le 4ème réseau le moins fréquemment utilisé en France, avant Telegram, Linkedin et Pinterest (page 62) =&gt; la plupart des utilisateur⋅ice⋅s de X sont passif⋅ve⋅s</span></li>
<li><span style="color: var(--text-primary-color); font-family: var(--editor-font-family); font-size: inherit; font-weight: var(--font-weight-normal);">Alors que Facebook est responsable de près de 60% du trafic sur des sites tiers, X ne vaut que pour... 6% (page 65) =&gt; ce n'est pas X qui renvoie du trafic, et </span><a href="https://www.businessinsider.com/elon-musk-twitter-x-links-lazy-linking-2024-11" style="font-family: var(--editor-font-family); font-size: inherit; font-weight: var(--font-weight-normal);" class="extlink extlink-icon-1"  >c'est de pire en pire</a></li>
<li><span style="color: var(--text-primary-color); font-family: var(--editor-font-family); font-size: inherit; font-weight: var(--font-weight-normal);">20 % des adultes américains inscrits sur le site ont produit 98 % de tous les tweets de ce groupe (source : </span><a href="https://www.pewresearch.org/short-reads/2023/05/17/how-us-adults-on-twitter-use-the-site-in-the-elon-musk-era/" style="font-family: var(--editor-font-family); font-size: inherit; font-weight: var(--font-weight-normal);" class="extlink extlink-icon-1"  >Pew Research Center</a><span style="color: var(--text-primary-color); font-family: var(--editor-font-family); font-size: inherit; font-weight: var(--font-weight-normal);">) =&gt; TwitterX est un réseau phare classique, où un petit nombre crée la discussion</span></li>
</ul>
<p>En réalité, l'espace public qui devrait être défendu à tout prix, car permettant de toucher tous les publics sans intermédiation algorithmique, c'est... le kiosque. Saviez-vous que la <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000684244/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Loi Bichet du 2 avril 1947</a> garantit à « la presse d'information politique et générale [d'être] distribuée selon des modalités permettant d'en garantir l'indépendance et le pluralisme ainsi que le libre choix des lecteurs ». C'est pour ça que chez n'importe quel kiosquier (même Relay, qui appartient pourtant à Bolloré), vous trouvez toute la presse papier, sans aucune mise en valeur ou autres quelconques artifices. Nous aurions tellement besoin de beaucoup plus de kiosques, et de leurs pendants numériques ! <a href="https://www.francetvinfo.fr/economie/medias/presse-les-fermetures-des-kiosques-a-journaux-s-enchainent_4376935.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >Hélas, pour des raisons économiques, ils ferment</a>.</p>
<p><!-- /wp:list-item --></p>
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<p>Au-delà de la question des algorithmes qui entretiennent les fameuses « bulles de filtres » (dont on a en réalité <a href="https://shs.cairn.info/revue-questions-de-communication-2023-1-page-241?tab=texte-integral"  class="extlink extlink-icon-1"  >du mal à cerner l'impact réel</a>, car dans le monde analogique, nous vivons aussi dans des bulles de filtres), il me semble que les défenseur⋅se⋅s de l'idée de rester sur X oublient une chose : personne ne change d'avis sur un réseau social comme X. Jamais. C'est impossible. Ce n'est pas fait pour. Comme <a href="https://le1hebdo.fr/journal/la-gauche-fait-elle-fausse-route/522/article/un-remede-contre-l-impuissance-6911.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >Salomé Saqué le dit dans Le Un Hebdo</a>, « personne ne change d'avis en une discussion », « mais plusieurs conversations peuvent permettre d'établir un véritable lien de respect et de confiance avec des personnes qui ne pensent pas comme nous ». Bref, il faut du temps, de la confiance, des liens forts (amicaux ou familiaux) et du respect. Vous pensez pouvoir trouver ça sur X ? Je pense que c'est nier la réalité de cette plateforme, sur le plan de l'interface et sur sa typologie.</p>
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<p>Car comme je l'ai exprimé dans mon article <a href="https://louisderrac.com/et-si-le-probleme-des-reseaux-sociaux-cetaient-les-phares/">Et si le problème des réseaux sociaux, c’étaient les phares ?</a>, je me demande si finalement, toute cette relation à X n'est pas largement irrationnelle, car émotionnelle. Aujourd'hui, la seule chose que vous promet X, c'est d'avoir X milliers de followers, de retweets, de likes. C'est tout, rien que des nombres qui flattent notre égo (Et même sur ces nombres, il faut accepter de faire confiance à X, ce qui est assez naïf compte tenu de leur intérêt à flatter notre égo). En proportion, que du quantitatif, presque rien de qualitatif. Qui a lu votre article, ou votre fil ? Qui l'a compris ? Qui en parle sérieusement avec ses ami⋅es ? Qui s'en est ému⋅e ? Qui en a été désarçonné⋅e dans ses idées ? Qui a pensé contre elle-même ou lui-même en le lisant ? Imaginez un réseau qui cache enfin ces indicateurs quantitatifs. Comme nous serions tous collectivement libérés de nous-même ! Je pense que quitter X est surtout difficile pour celles et ceux qui y ont acquis un gros capital social (mais largement opaque), se sont habitués à des niveaux d'engagements (quantitatifs) vertigineux, et doivent apprendre à en faire le deuil. Un deuil temporaire, si Bluesky prend le relai comme espéré par beaucoup (<a href="https://louisderrac.com/twitter-vers-bluesky-un-technosolutionnisme/">pas moi</a>), et permanent, si X reste dans l'Histoire du web comme un réseau social unique en son genre.</p>
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<p>Pour conclure, je crois que nous n'avons pas encore tout à fait dépassé la question que posait Aaron Swartz au début des années 2010 (preuve supplémentaire s'il en fallait de son incroyable précocité) : « désormais, tout le monde a un droit de parole. Maintenant, il s'agit de savoir qui est entendu ». Ce qui me désole, c'est que depuis 2006, date de création de Twitter, nous ayons finalement si peu progressé dans notre réflexion collective des enjeux numériques. Que nous soyons toujours incapables de proposer d'autres espaces de discussions en ligne, adaptés à nos lois, à notre culture, à nos valeurs politiques. Il y a toujours un impensé, celui de la technique qui serait neutre, donc apolitique. Il y a aussi une absence réelle de stratégie, de vision. Et il y a enfin une priorisation qui est très claire. Lorsque les enjeux sont économiques (comme avec l'IA), l'UE, la France, la BPI savent investir et se mobiliser. Mais lorsque les enjeux sont démocratiques, il n'y a plus personne...</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
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<p>Photo à la une de <a href="https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=33470913"  class="extlink extlink-icon-1"  >Martin Robson</a></p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
            ]]>
        </content>
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    <entry>
        <title>Migration Twitter vers Bluesky : un technosolutionnisme ?</title>
        <author>
            <name>Louis Derrac</name>
        </author>
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            <category term="Éducation"/>
            <category term="Réseaux sociaux"/>
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        <updated>2024-11-22T15:18:47+01:00</updated>
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                <p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Je n'ai pas beaucoup plus d'énergie à donner que celle que j'ai mise à rédiger mes deux articles précédents, mais je pense quand même que nous (les progressistes en général, la gauche, les syndicats, la sphère numérique francophone et européenne) ratons collectivement quelque chose à regarder la « migration » se faire de X à Bluesky.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>« Ce que je souhaite c'est retrouver le Twitter d'il y a dix ans ». Je comprends l'engouement, l'excitation, la joie même de retrouver « le Twitter des débuts ». Et je ne dis PAS que Mastodon est parfait et/ou doit être la terre d'accueil à tout prix. Mais ce qu'il se passe en ce moment coche toutes les cases du technosolutionnisme. Au lieu de chercher les causes de ce qui n'a pas fonctionné sur X (et ces causes ne sont pas que techniques, elles sont aussi sociales, économiques, idéologiques, politiques), on fonce sur la solution technique « la plus simple » au problème qu'est devenu X. Et cette solution toute trouvée s'appelle Bluesky. Or une solution technique, même différente par certains aspects, ne règlera pas (tous) les problèmes de X.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph {"className":"is-style-info"} --></p>
<p class="is-style-info msg msg--info">Lire aussi : <a href="https://louisderrac.com/et-si-le-probleme-des-reseaux-sociaux-cetaient-les-phares/">Et si le problème des réseaux sociaux, c’étaient les phares ?</a></p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Soyons clairs, ce n'est pas sur les internautes que doivent reposer tous les « éco-gestes numériques ». Cette énorme réflexion sur l'état des réseaux sociaux, cette conception d'alternatives, cette mise en mouvement, elle devrait être portée par tous les corps intermédiaires, les syndicats, les partis politiques, mais aussi les médias, les organisations d'intérêts général, les associations, les agences publiques, les gouvernements européens. D'autant que nous ne découvrons pas la situation. Tous les problèmes de X existaient avant le rachat par Musk, qui n'a fait que supprimer les derniers garde-fous. Les réseaux sociaux dominants constituent un problème démocratique depuis longtemps (pour rappel, Cambridge Analytica, c'était en 2018), comme l'a encore rappelé récemment le Conseil national du numérique, <a href="https://cnnumerique.fr/lettre-dinformation/musk-nest-pas-notre-projet-en-voici-un-autre"  class="extlink extlink-icon-1"  >qui a fait le choix courageux de quitter X et d'appeler à construire des alternatives européennes</a>.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Bref, c'est un « regret pieux », mais on est à un moment de pivot, potentiellement unique, qu'il était possible d'anticiper et de préparer, et on ne l'utilise pas. Et pourtant, <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/11/21/sur-la-regulation-de-la-tech-et-l-ia-l-election-de-trump-met-la-pression-sur-l-ue_6406710_3232.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >l'actualité internationale devrait nous y inciter</a>...</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Photo de <a href="https://unsplash.com/fr/@mr_sherez?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash"  class="extlink extlink-icon-1"  >Adam Sherez</a> sur <a href="https://unsplash.com/fr/photos/photo-de-mise-au-point-selective-de-marteaux-a-panne-spherique-noir-et-brun-PtgLGdMzi-Y?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash"  class="extlink extlink-icon-1"  >Unsplash</a></p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
            ]]>
        </content>
    </entry>
    <entry>
        <title>Et si le problème des réseaux sociaux, c&#x27;étaient les phares ?</title>
        <author>
            <name>Louis Derrac</name>
        </author>
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            <category term="Réseaux sociaux"/>
            <category term="Numérique"/>
            <category term="Alternatives"/>

        <updated>2024-11-19T08:11:24+01:00</updated>
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        <content type="html">
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                    <p><img src="https://louisderrac.com/media/posts/358/phare.png" class="type:primaryImage" alt="" /></p>
                <p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Quand j'ai écrit que <a href="https://louisderrac.com/le-web-progressiste-aurait-interet-a-migrer-sur-mastodon-pas-sur-bluesky/">Le web progressiste aurait intérêt à migrer sur Mastodon, pas sur Bluesky</a>, j'ai tout de suite senti qu'il y avait un problème. Ou une limite à mon raisonnement. En réalité, il y en a plein, et je voudrais vous en partager une.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Pour faire simple, je suis en train de me demander si le problème, c'est TwitterX (dans le cas présent, je suis certain que demain ou après-demain, ce sera Bluesky), ou si ce n'est pas plutôt un certain type de réseaux sociaux numériques.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Dominique Cardon, dans l'illustration ci-dessous, issue de son incontournable <em><a href="https://www.librairiesindependantes.com/product/9782724623659/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Culture numérique</a></em>, typologise quatre familles de relations en ligne. Parmi elles, il y a la famille des réseaux « phares ». Ce sont eux qui m'empêchent de dormir en ce moment.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:image {"id":20870,"width":"721px","height":"auto","sizeSlug":"full","linkDestination":"none","align":"center","className":"has-lightbox"} --></p>
<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized has-lightbox"><figure class="wp-image-20870"><img loading="lazy"  style="width: 721px; height: auto;" src="https://louisderrac.com/media/posts/358/reseaux-phares-cardon.png" alt="" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" srcset="https://louisderrac.com/media/posts/358/responsive/reseaux-phares-cardon-xs.png 640w ,https://louisderrac.com/media/posts/358/responsive/reseaux-phares-cardon-sm.png 768w ,https://louisderrac.com/media/posts/358/responsive/reseaux-phares-cardon-md.png 1024w ,https://louisderrac.com/media/posts/358/responsive/reseaux-phares-cardon-lg.png 1366w ,https://louisderrac.com/media/posts/358/responsive/reseaux-phares-cardon-xl.png 1600w ,https://louisderrac.com/media/posts/358/responsive/reseaux-phares-cardon-2xl.png 1920w"></figure></figure>
<p><!-- /wp:image --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Les caractéristiques d'un réseau phare sont les suivantes : des réseaux affinitaires, où l'on suit potentiellement de très nombreuses personnes, sans que ce ne soient des ami⋅e⋅s ou même des connaissances. Ce type de réseau favorise donc structurellement l'émergence d'influenceur⋅se⋅s, qui capitalisent (car il s'agit bien d'un capital social) plusieurs milliers (millions) de followers. C'est également un réseau qui encourage la valorisation de soi, puisque chaque publication a pour objectif (conscient ou inconscient) de générer de l'engagement (de nouveaux abonnés, un like, une republication, etc.). C'est enfin un réseau qui peut devenir une incroyable (et déformée) chambre d'écho, quand elle attire à elle deux profils particuliers d'influenceur⋅se⋅s : les journalistes et les politiques. Notons que ce sont ces derniers qui ont le plus d'intérêt à rester sur ces réseaux sociaux, y compris quand ceux-ci sont toxiques.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p><strong>Mon interrogation est simple : ce type de réseau social est-il encore utile, désirable, <a href="https://louisderrac.com/numerique-acceptable/">acceptable</a> ?</strong> Est-il émancipateur, quand on voit les logiques algorithmiques qui viralisent le buzz au détriment de la qualité, ou quand on liste les fonctionnalités qui génèrent de l'égo (y compris sur Mastodon) ? Est-il soutenable, quand on voit ce qu'il génère comme fatigue mentale (l'infobésité en partie), ou encore quand on se pose sur la question, insoluble en réalité, de la modération d'un très gros réseau ? Et que penser de cette logique d'influenceur⋅se⋅s (les « phares » du réseau) : est-ce désirable, soutenable ? Est-ce pérenne, pour les influenceur⋅se⋅s et les influencé⋅e⋅s ? On voit bien que ce sont les gros comptes de X qui n'arrivent pas à quitter le réseau, même si quelques exceptions sont notables.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Cette interrogation m'a ensuite fait réaliser que nous n'avons en réalité pas été très « radicaux », ou audacieux en matière de design de réseaux sociaux alternatifs. C'est peut-être le plus gros reproche que je ferais <a href="https://framablog.org/2022/11/11/le-fedivers-est-tellement-plus-grand-que-mastodon/"  class="extlink extlink-icon-1"  >au Fédivers</a> : celui de répliquer (en moins bien, puisqu'on préfère toujours l'original à la copie) des réseaux sociaux dominants comme TwitterX, Instagram, Reddit, etc.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Quand on lit des articles sur <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2024/10/06/pour-les-reseaux-sociaux-la-fin-d-un-regne_6344843_4408996.html"  class="extlink extlink-icon-1"  >la fin des réseaux sociaux tels qu'on les a connus</a>. Que <a href="https://www.usermag.co/p/the-majority-of-news-influencers"  class="extlink extlink-icon-1"  >des études montrent que deux tiers des influenceurs américains sont des hommes, très majoritairement conservateurs</a> (et on voit difficilement pourquoi ce serait différent chez nous). <a href="https://www.theatlantic.com/technology/archive/2021/10/fix-facebook-making-it-more-like-google/620456/"  class="extlink extlink-icon-1"  >Que nos vies sociales sont limitées biologiquement à 150 interactions en moyenne</a>. On peut se poser la question : et si le problème des réseaux sociaux, c'étaient les phares ?</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Et si on essayait de construire des bistrots à la place ? De plus petits réseaux, où l'on retrouverait quelques amis après le boulot, mais aussi des inconnus, favorisant les rencontres imprévues. Des petits réseaux dont on changerait régulièrement, parce que chacun nous réserve une ambiance particulière. Des petits réseaux où on se ficherait bien du nombre de followers qu'on a, du nombre de republications que notre dernier post a reçu. Des petits réseaux où les influenceur⋅se⋅s retrouveraient un périmètre plus raisonnable, et préserveraient ainsi leur égo. Est-ce que ce ne serait pas plus sain pour tout le monde ?</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Soyons créatifs. Arrêtons d'essayer de construire des phares. (Re)construisons et (ré)investissons plutôt des bistrots. Ou des cafés. Ou des salons de thé. Ou des marchés couverts.</p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
<p><!-- wp:paragraph --></p>
<p>Photo de <a href="https://unsplash.com/fr/@paulius005?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash"  class="extlink extlink-icon-1"  >Paulius Dragunas</a> sur <a href="https://unsplash.com/fr/photos/phare-pres-dun-plan-deau-Nhs0sLAn1Is?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash"  class="extlink extlink-icon-1"  >Unsplash</a></p>
<p><!-- /wp:paragraph --></p>
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