Éduquer au numérique d’accord. Mais pas n’importe lequel et pas n’importe comment – Partie 2 : l’enseignement scolaire

Cet article est la suite d’une réflexion entamée en novembre 2021 dans un premier texte intitulé Éduquer au numérique d’accord. Mais pas n’importe lequel et pas n’importe comment.

J’y défendais une éducation au numérique traitant le numérique comme un fait social total, éminemment politique, économique et culturel. Et j’encourageais à une éducation plus engagée, plus critique. Vis-à-vis de la numérisation totale, sans réflexion et sans débat démocratique, de notre société d’une part. Et de la domination hégémonique de plateformes toxiques d’autre part.

Je vais continuer de tirer le fil en me concentrant sur l’éducation au numérique dans l’enseignement scolaire. Mon intention est la même que dans mon premier article : je n’ai pas la prétention d’apporter des réponses toutes faites. Mais je propose au moins de poser des questions, et de contribuer à la réflexion.

Cet article s’adressera donc en premier lieu aux acteurs de l’Éducation nationale. Mais les partenaires de la médiation et de l’animation numérique y trouveront certainement des passerelles vers leurs propres spécificités.

Sommaire

  1. Qu’attend-on de l’éducation au numérique à l’École ?
  2. De la compétence d’usage à la compétence de pratique
  3. Les limites des compétences numériques
  4. Des compétences numériques à la culture numérique
  5. De la culture numérique à une réflexion critique du numérique
  6. Quelques remarques pour finir

Qu’attend-on de l’éducation au numérique à l’École ?

À cette question, j’ai envie de répondre par une autre question : qu’attend-on de l’École ? En tant qu’observateur de l’Éducation nationale depuis de longues années, j’ai le sentiment que l’École est tiraillée entre deux missions. La première, c’est de former des citoyens éclairés, libres et indépendants1. La seconde, c’est de former et orienter des travailleurs en devenir vers leurs futurs débouchés académiques et/ou professionnels. La tension entre ces deux missions est palpable. Elle est politique, philosophique. On la retrouve dans la composition des programmes, dans la place laissée à l’esprit critique des élèves, à l’éducation civique, à l’éducation aux médias, et plus généralement au temps démocratique des établissements scolaires.

Qu’attend-on alors de l’éducation au numérique à l’école ? Des compétences, des savoirs, une culture, une réflexion critique ? Je pense que cela dépend de la finalité qu’on se donne : des citoyens ou des travailleurs ? Si l’on se concentre sur les travailleurs en devenir, l’éducation au numérique pourra se contenter d’une appropriation des compétences numériques estimées indispensables2. Les jeunes apprendront donc à utiliser un ordinateur, une tablette. Ils sauront utiliser une suite bureautique, peut-être faire de la création d’images. Mais ce n’est pas avec ces compétences numériques qu’ils deviendront des citoyens informés et formés à l’histoire des technologies numériques, à sa culture, à ses nombreux enjeux économiques, sociaux, politiques. Ce n’est pas avec ces compétences numériques qu’ils pourront décider collectivement de leur futur et de la place qu’y prendront les technologies numériques.

De la compétence d’usage à la compétence de pratique

On parle très souvent d’usages du numérique dans le monde de l’Éducation nationale. On parle beaucoup moins de pratiques, et souvent, c’est comme synonyme des usages. Pourtant, je pense qu’il faut s’attarder sur leur signification respective. Certains sociologues, comme Josiane Jouët, distinguent bien usage et pratique, « considérant que l’usage est plus restrictif et renvoie à la simple utilisation tandis que la pratique recouvre non seulement l’emploi des techniques mais également les comportements, les attitudes et les représentations des individus qui se rapportent à l’outil. Par ailleurs, l’usage renverrait à la conduite d’un individu face à un objet, alors que la pratique impliquerait une dimension sociale3».

Dans un article issu de son mémoire, Benjamin Menant4 établit un lien direct entre usage et consommation. Ainsi, on est l’usager d’un objet consommable. Il n’est possible d’user de l’objet que de certaines manières (le fameux mode d’emploi) pensées par le fabricant. À l’inverse, la pratique s’inscrit dans un accomplissement, une progression, à la fois individuelle et collective. La pratique émancipe l’individuation. Il est frappant de réaliser à quel point l’informatique et le numérique sont passés d’une hégémonie des pratiques émancipatrices à une hégémonie des usages consuméristes.

Si l’on revient à notre éducation au numérique, on ressent bien qu’il ne peut pas être suffisant de transmettre des compétences d’usages. Il faut transmettre des compétences de pratiques. Dit autrement, l’éducation au numérique ne peut pas se résumer à faire de nous de « bons » consommateurs d’objets numériques. Elle doit nous permettre de développer des pratiques numériques émancipatrices et contributives. Par exemple : créer un blog collaboratif ou une instance Peertube, monter son propre PC, changer ses logiciels par défaut, etc.

Les limites des compétences numériques

L’approche par compétence, même lorsqu’elle intègre les compétences de pratiques évoquées plus haut, me semble encore trop réductrice pour arriver à la mission de l’École : former des citoyens éclairés, qui comprennent la « chose » numérique.

D’abord, il faut rappeler que les compétences numériques fondent comme neige au soleil tant les technologies, les outils, les langages de programmation évoluent rapidement. Il faut donc une éducation au numérique qui organise le transfert systématique des compétences d’une part, et l’apprentissage tout au long de la vie d’autre part. Par exemple, il ne faut pas seulement enseigner à l’utilisation de Microsoft Excel. Il faut enseigner le fonctionnement, la logique, la diversité de l’offre des logiciels de bureautique. Sans cela, le citoyen ne pourra pas continuer à développer ses pratiques sur un autre logiciel que Microsoft Excel.

De la même façon, il me semble que l’enjeu est de développer non pas des compétences numériques précises mais plutôt des « métacompétences » ou compétences stratégiques. Ces métacompétences permettant par exemple de comprendre le fonctionnement technique, social, politique des réseaux sociaux en général, plutôt que de se concentrer sur la maîtrise d’un réseau social en particulier. Et d’organiser une capacité à apprendre tout au long de la vie, en s’ancrant sur la compétence stratégique acquise.

Des compétences numériques à la culture numérique

Pour moi, l’approche de l’éducation au numérique par le biais de la culture numérique englobe les compétences numériques. Pour schématiser, la culture numérique est théorique et réflexive, elle englobe les compétences numériques qui en sont la dimension plus pratique. Les référentiels actuels (CRCN et Digcomp) se concentrent sur les compétences5, mais font totalement l’impasse sur la culture numérique.

Le cadre de référence des compétences numériques, image de l’académie de Toulouse.

Pourtant, la culture numérique dépasse la question des compétences. Les compétences visent des usages et des pratiques, elles rendent employables6. Mais elles ne donnent pas les clés permettant de devenir pleinement citoyen sur les enjeux numériques. En témoigne l’incroyable difficulté qu’il y a, encore aujourd’hui, à faire émerger des débats de qualité autour des questions de technologies numériques. Les sujets ne manquent pourtant pas : la 5G, la régulation des réseaux sociaux, la généralisation de dispositifs de surveillance, l’impact environnemental du numérique, etc.

Enfin, la culture numérique est indispensable à tout citoyen, là où je pense que certaines compétences numériques ne le sont pas, pourraient ne pas l’être. Notamment pour celles et ceux qui auraient fait le choix éclairé de limiter leurs pratiques et équipements numériques. Pour eux, les compétences numériques doivent être un choix, pas une obligation. Mais la culture numérique leur sera toutefois indispensable pour comprendre le monde numérisé dans lequel ils vivent. C’est cette culture numérique qui leur donnera les moyens de prendre part à la vie démocratique, aux réflexions et aux luttes.

De la culture numérique à une réflexion critique du numérique

C’est le dernier bloc que je voulais évoquer. Il me semble qu’une éducation au numérique ambitieuse ne peut faire l’impasse sur une réflexion critique (positive ou négative) du paradigme numérique actuel. Pour paraphraser Bernard Stiegler7, il faut comprendre le numérique, pour pouvoir le critiquer et le transformer.

Cette réflexion critique devrait amener à penser contre soi-même (une « compétence » transdisciplinaire en passant). Mais aussi à remettre en cause systématiquement un état de fait. Par exemple, je donne chaque année l’exercice à mes étudiants de réfléchir au modèle sociotechnique et économique de Google8. Je leur demande d’abord de se demander si ce modèle est le seul possible pour un moteur de recherche. S’ils y ont déjà réfléchi. Et ensuite, je leur demande de proposer des modèles alternatifs.

Pour la plupart des citoyens, le modèle de la publicité sur Internet est un état de fait. Les modèles alternatifs restent trop peu envisagés, et donc forcément sont peu développés et encouragés. Il en va de même pour les technologies numériques en général. Elles sont un état de fait, une subpolitique comme l’a définie Ulrich Bech, repris par Dominique Boullier9. Pour sortir de cette inéluctabilité, et sans déroger aux valeurs non partisanes de l’École, il me semble indispensable d’inscrire une dimension critique dans l’éducation au numérique.

Quelques remarques pour finir

Je défends une éducation au numérique à l’École avec une triple ambition : passer des compétences d’usages consuméristes aux compétences de pratiques émancipatrices. Passer des strictes compétences numériques à la vision plus large de la culture numérique. Et enfin, adosser à cette culture numérique une réflexion critique du numérique. C’est seulement ainsi, à mon sens, que les futures générations pourront prendre part à la délibération démocratique s’agissant des technologies numériques.

La distinction entre usages et pratiques me semble essentielle car elle amène à interroger énormément de choix concrets. Par exemple, quel est le sens d’équiper massivement les élèves et les établissements en tablettes ? Alors que tous les experts reconnaissent que ce n’est pas un outil de contribution, mais principalement un outil de consommation ? Quelles pratiques émancipatrices, quelles compétences stratégiques peut-on développer avec une tablette individuelle ?

Comme tout apprentissage, l’éducation au numérique devra mêler théorie et pratique. Mais en matière de culture numérique, ou pour l’acquisition de certaines compétences de pratiques, force est de constater qu’il n’y a pas besoin d’équipements numériques, encore moins individuels. S’il faut imaginer des temps pratiques pour que les élèves puissent apprendre à développer des pratiques contributives et émancipatrices, cela peut tout à fait se faire avec un équipement mutualisé, dans des lieux d’apprentissages formels ou informels, comme le CDI (qui bénéficient de spécialistes en la présence des professeurs documentalistes !) ou la salle informatique. Je ne crois vraiment pas que le besoin d’éducation au numérique soit un bon argument pour équiper massivement les élèves.

Une discipline pour l’éducation au numérique, ou de l’éducation au numérique dans toutes les disciplines ? Vaste question… Je pense qu’idéalement, l’éducation au numérique devrait se faire de manière transdisciplinaire, mais dans l’immédiat, cela parait peu imaginable. En revanche, l’éducation au numérique devrait commencer dès la fin de l’école primaire. La discipline SNT10 est un début de quelque chose, mais outre qu’elle fait l’impasse sur la culture numérique11, elle intervient beaucoup trop tard.

L’éducation au numérique sensibilise, un peu. Elle fait peur, souvent. Mais elle ne donne pas beaucoup de moyens d’agir ou de s’émanciper. Il est urgent de dépasser l’éducation aux risques (les publicités, le tracking, les algorithmes toxiques, la surveillance de masse) et de sensibiliser aux alternatives. Il faut dépasser l’approche des usages pour développer l’approche des pratiques. Et sans doute mettre l’essentiel des efforts sur l’apprentissage de la contribution (publier un blog, contribuer à Wikipedia, ouvrir une chaîne de streaming, etc.), pas sur l’utilisation ou la consommation.


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Image à la une de Mike Hindle sur Unsplash


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Notes de bas de page

  1. Lire cet article L’école forme-t-elle encore des citoyens ?
  2. Il existe désormais deux référentiels de compétences : le CRCN en France et le DIGCOMP à l’échelle européenne.
  3. Lire cet article, Analyse des discours sur la notion d’« usage » dans deux revues en sciences de l’information: Doc-SI et BBF
  4. Distinguer les usages des pratiques numériques issus de son mémoire
  5. Et encore, en creusant, on reste encore trop souvent sur des compétences d’usages et non de pratiques.
  6. Le Digcomp ne dit d’ailleurs pas autre chose puisqu’il précise qu’il donne « un cadre commun pour aider les citoyens et la main-d’œuvre européenne à autoévaluer leurs compétences, à fixer des objectifs d’apprentissage, à identifier les possibilités de formation et à accéder à des opportunités de carrière plus nombreuses et de meilleure qualité ».
  7. Écouter cette émission de France Culture, Épisode 76/82 : Bernard Stiegler : « Il ne faut pas rejeter les techniques mais les critiquer et les transformer »
  8. Et d’autres grandes plateformes du numérique bien sûr, particulièrement celles qui reposent exclusivement ou en partie sur un modèle économique publicitaire.
  9. Visionner cette vidéo très pédagogique : Quelle régulation ? – Enjeux sociopolitiques du numérique
  10. La discipline Science numérique et technologie fait partie du programme de seconde
  11. Dans le sens où l’entend Dominique Cardon dans son livre, par exemple

5 réflexions au sujet de “Éduquer au numérique d’accord. Mais pas n’importe lequel et pas n’importe comment – Partie 2 : l’enseignement scolaire”

  1. Merci Louis pour cet excellent billet, stimulant et engagé. Les dichotomies entre usages (prescrits, individuels) et pratiques (émancipatrices, collectives), compétences (pratiques, dirigées) et culture (réflexive, critique) sont vraiment structurantes pour notre réflexion sur les enjeux du numérique à l’école. J’ai plus de difficultés à comprendre les expressions « compétences de pratique » – si je prends la définition classique de la compétence comme « aptitude à mobiliser ses ressources (connaissances, capacités, attitudes) pour accomplir une tâche ou faire face à une situation complexe ou inédite » – que je ne retrouve pas forcément ailleurs dans la littérature que j’ai pu consulter : j’ai l’impression que la notion de culture numérique englobe déjà ce que tu veux y mettre, mais cela ne nuit pas du tout au propos général.

    La question de l’instrumentation des enseignants et des élèves par des tablettes numériques individuelles (« Quelles pratiques émancipatrices, quelles compétences stratégiques peut-on développer avec une tablette individuelle ? ») m’a surpris au départ. J’imagine très bien qu’on peut avoir des pratiques émancipatrices avec ce type d’appareil, a priori : la contribution aux communs (Wikipedia, OpenStreetMaps) est possible, l’existence de capteurs (caméra, micro) et la possibilité de les utiliser en se déplaçant, la rapidité de leur mise en œuvre, permettent des activités qui ne sont pas possibles avec un ordinateur, et qui relèveraient des pratiques. La question pour moi se situe un peu ailleurs, concernant les tablettes, notamment sur les plans économiques (c’est cher) et écologiques (fragiles et peu réparables / réemployables, polluantes à la construction comme au recyclage) ; c’est également un instrument peu adapté au cadre scolaire : éminemment individuel, sans session utilisateur, ce qui pose des difficultés en utilisation partagée, et dont les applications, accessibles depuis les magasins d’Apple ou de Google, développées par des acteurs marchands, protègent mal la vie privée et les données personnelles, à cause de la présence quasi systématique de traceurs ou de pisteurs dificiles à inhiber. Un PC (avec un OS libre et ouvert) voire un nano ordinateur (type Raspberry Pi) individuel me paraît pour toutes ces raisons bien plus adapté aux pratiques numériques scolaires, *à condition de proposer les services numériques de confiance associés* (espaces de stockage pérennes, fonctionnalités de partage et de collaboration, forge pour l’éducation…) qui permettent effectivement les pratiques qui sont à la base de l’élaboration d’une culture numérique émancipatrice et réflexive. Le matériel seul ne suffira pas, il faut également penser l’environnement dans lequel les élèves et enseignants auront la possibilité de développer leurs pratiques.

    Répondre
  2. Bonjour Thierry,

    Merci beaucoup pour ce commentaire !

    J’ai voulu faire apparaître que l’approche par compétence permet de développer des usages et des pratiques, donc par raccourci, je parle de compétence d’usage (par ex configurer son navigateur) et de compétence de pratique (par ex contribuer à Wikipedia). Mais c’est peut-être impropre comme vocabulaire.

    Mais effectivement je pense à un système de poupées russes qui serait représenté ainsi : culture numérique > compétences de pratiques > compétences d’usages. Chacune englobant les autres. Ce n’est qu’une représentation simplifiée, je suis bien conscient qu’elle présente un certain nombre de défauts.

    Sur la question des tablettes, cela n’occupe que la fin de mon article, ce n’était sans doute pas intelligent de lancer le sujet (sensible) comme un dernier pavé dans la mare… Mais les réactions sont intéressantes, et la tienne en particulier.

    Je ne nie pas l’intérêt des tablettes, y compris pédagogiques, mais je maintiens qu’il s’agit avant tout d’un appareil conçu pour consommer, à l’instar du smartphone. Le sujet méritera sans doute son article propre tant il y a de choses à en dire. Bien sûr qu’on peut développer des pratiques émancipatrices sur tablette, mais ce sera toujours plus compliqué, moins naturel que sur PC (et il faudra s’équiper en conséquence, pour commencer, d’un clavier externe). J’ai beaucoup lu ici et là que la tablette était un bon outil pédagogique dans le sens qu’elle permettait de dédramatiser l’outil numérique, notamment chez les publics jeunes et/ou précaires qui les connaissent bien. C’est précisément pour lutter contre les déterminismes sociaux que je pense que l’École doit favoriser l’éducation au numérique – dans sa version pratique – par le biais d’ordinateurs, et non de tablettes ou de smartphones seuls.

    Et je confirme avec toi que la matériel, l’équipement, l’infrastructure même ne font pas tout, et c’est pour ça que le cœur de mon article se concentre sur le contenu.

    Merci encore pour ton commentaire !

    Répondre
  3. Merci Louis pour ces analyses, éclairantes et importantes. En particulier sur la différence entre usage et pratique.

    Peut être serait-il possible d’ajuster la définition du mot « compétence » qu’on a tendance à confondre avec capacité, habilité technique.
    Alors que fondamentalement le mot a un sens plus large : il désigne bel et bien l’articulation d’un savoir, d’une capacité et d’une attitude (ce qui englobe la réflexion critique). Voir les définitions dans le Socle de compétences, un peu oublié hélas.

    Dès lors, si on ne réduit pas le sens du mot aux capacités, la construction de compétences numériques est potentiellement la construction d’une citoyenneté numérique.
    Cela suppose effectivement de mettre en œuvre une pédagogie adaptée, qui mène depuis l’intérieur des savoirs des pratiques créatives et des pratiques réflexives, un travail d’appropriation et travail de distanciation.

    Et cette pédagogie doit être effectivement transdisciplinaire : toutes les disciplines vivent désormais dans un environnement numérisé, l’un des intérêts du numérique est d’abattre les murs disciplinaires que l’’Ecole et l’université ont hélas construits au fil des siècles, la citoyenneté, donc aussi la citoyenneté numérique, doit être l’enjeu de l’Ecole dans son entièreté.

    Non au séparatisme et au communautarisme techno-informatico-centré !
    Amitiés.

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    • Bonjour Jean-Michel. Merci beaucoup pour ton précieux commentaire. Les compétences, voilà encore un terme polysémique ! Effectivement, je ne connaissais pas son sens le plus large, et notamment la question du savoir et de l’attitude. Je note que la définition la plus large nous vient de Belgique d’ailleurs.

      Ceci étant, je pense toujours que l’approche par compétence n’est pas suffisante pour le « devenir citoyen ». D’une certaine manière, la citoyenneté ne s’apprend pas, elle ne se décrète pas : elle se vit, elle se partage, on la fait naître petit bout par petit bout.

      Totalement en phase avec toi sur le fait que la pédagogique doive être transdisciplinaire et sur la lutte contre tout séparatisme et communautarisme 😉

      Amitiés !

      Répondre

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